NOUS, PRINCESSES DE CLÈVES de Régis Sauder (2011) Note : 7/10

nous princesses

«Dans la fonction publique, il faut en finir avec la pression des concours et des examens. L’autre jour, je m’amusais, on s’amuse comme on peut, à regarder le
programme du concours d’attaché d’administration. Un sadique ou un imbécile, choisissez, avait mis dans le programme d’interroger les concurrents sur La
Princesse de Clèves
. Je ne sais pas si cela vous est souvent arrivé de demander à la guichetière ce qu’elle pensait de La Princesse de Clèves
Imaginez un peu le spectacle ! ».


C’est avec cette déclaration d’une incroyable bêtise que Nicolas Sarkozy a, sans le vouloir, re-popularisé il y a quelques années, ce classique de notre jeunesse.
En découleront un film subtil, La Belle personne de Christophe Honoré (2008) et une soudaine ruée chez les libraires. Dans l’effervescence, on a
très vite constaté à quel point le court roman de Madame de Lafayette restait contemporain dans son questionnement existentiel et touchait encore les jeunes générations. Régis Sauder filme cette
réappropriation de l’œuvre par des élèves de terminale, au lycée Diderot, un établissement classé ZEP à Marseille. Si le début du documentaire peut paraître un peu mal assuré, le film devient
ensuite captivant. Car Abou, Aurore, Chakirina, Sarah et les autres, chacun aux prises avec des situations sociales difficiles, trouvent étonnamment dans La Princesse de Clèves un fort pouvoir d’identification. Il faut dire que le roman fait la part belle aux affres du sentiment amoureux. Et dans des familles où
l’amour reste un sujet tabou, le livre arrive comme un témoignage bien réel des passions adolescentes. Subissant des pressions familiales ou religieuses, les jeunes reconnaissent dans l’ouvrage
leurs frustrations d’aujourd’hui. La caméra de Régis Sauder se fait la confidente de leurs histoires de cœur mais aussi de leur regard sur leur avenir et leur identité. Nous observons alors des
adolescents devenir adultes sous les yeux de parents déboussolés mais plein d’espoir. Loin des clichés, Régis Sauder montre une génération multiculturelle qui s’interroge, exprime sa soif
d’apprendre et ne tombe jamais dans la victimisation sociale. Ce film drôle et touchant est une réponse cinglante aux préjugés en tout genre et, bien sûr, à une déclaration irréfléchie qu’on
préfèrerait oublier.