ROAD TO NOWHERE de Monte Hellman (2011) Note : 6/10

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On ne peut pas dire que Monte Hellman soit le réalisateur le plus prolifique de sa génération. A son actif, 11 films dont le troublant The shooting
(1968) avec Jack Nicholson et surtout un road movie énigmatique, mais désormais culte, Macadam à deux voies (1971). Aux abonnés absents depuis 22 ans
(son dernier film date de 1989), Monte Hellman revient avec Road to nowhere, un film qui questionne maladroitement les obsessions d’un réalisateur.
Voyez plutôt : Mitchell Haven , un jeune cinéaste, démarre le tournage d’un film relatant le fait divers d’une petite bourgade : une jeune femme et son amant d’âge mur se seraient
suicidés après avoir volé plusieurs millions de dollars. Réalisé sur les lieux mêmes du drame, le film est rapidement perturbé par la fascination de Mitchell pour son actrice qui ressemble
étrangement à la défunte…

 

Lorgnant ostensiblement sur Twin Peaks, Road to nowhere s’égare assez vite dans une esthétique
ampoulée. Aidé du Canon 5 D Mark II, appareil photo que tous les jeunes réalisateurs s’arrachent, le film pâtit de cette netteté irréelle qu’offrent les images trop léchées. Tout semble édulcoré
jusqu’au jeu entre réalité et imaginaire, devenu presque une obligation chez les émules de Lynch. Il faut dire qu’en voyant Road to nowhere, on a
soudainement du mal à croire à l’œuvre d’un vieux routier du Nouvel Hollywood des 70’s. En effet, on retrouve certaines maladresses imputables à un premier film s’inspirant de ses aînés :
des lenteurs insupportables, des ralentis clichés et des mystères vite éventés par une réalisation trop lourde. Et pourtant, il y a des aspects intéressants dans ce film. Mitchell Haven, amoureux
d’une actrice aux faux airs de Winona Ryder, filme sa dulcinée sous tous les angles comme le fait Monte Hellman lui-même avec ses deux acteurs. Ainsi, le réalisateur prend les mêmes chemins que
son personnage en nous assaillant de plans fixes interminables sur ce couple, comme s’il en était amoureux. Cela peut faire penser à l’obsession dont faisait preuve Henri-George Clouzot sur le
tournage de L’enfer (cf le documentaire de Serge Bromberg), film maudit par la volonté même de son créateur. Ici, Mitchell Haven, en panne de
création tourne sur lui-même obnubilé par des chimères et sa cinéphilie stérile. De la même manière, Monte Hellman se regarde filmer et construire inévitablement un anti-chef-d’œuvre. Il y a
finalement quelque chose d’assez troublant dans cet essai où Hellman, en voulant mettre en lumière les névroses d’un cinéaste, finit par tomber dans les mêmes travers que son héros. 

 

Titre VO : Road to nowhere / Pays : USA / Durée : 2h01 / Distribué par Capricci Films/Sortie le 13 Avril
2011