ANIMAL KINGDOM de David Michôd (2011) Note : 9/10

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Affalé sur son canapé, Josh, regarde la télé à côté de sa mère qui vient de mourir d’une overdose. Désormais seul, l’adolescent n’a qu’une alternative : renouer avec sa grand-mère et ses oncles, des figures incontournables du grand banditisme. Spectateur des crimes de ses tontons flingueurs, Josh devient l’objet de convoitise d’un inspecteur obstiné à faire tomber le gang. Autant fasciné que révulsé par sa famille, le garçon va devoir choisir son camp.

Dès les premières minutes, Animal Kingdom nous plonge dans la violence ordinaire d’une banlieue glauque de Melbourne. A chaque seconde, l’angoisse nous saisit tellement l’adolescent flirte avec le danger. A la rencontre de Baz, leader incontesté de la bande, Craig le colérique, Darren le faiblard et surtout Pope, le psychopathe, on aimerait voir Josh fuir sans se retourner. Mais le garçon, mutique, est autant paralysé par la peur que par son admiration pour cette famille de pouvoir. Et pourtant, il ne faudra pas grand-chose pour faire vaciller ce petit royaume sauvage. Pour son premier long métrage, David Michôd impressionne par sa maîtrise. Le réalisateur australien oscille habilement entre douceur et violence, amour et haine, succès et déchéance comme pour mieux gommer la frontière entre Bien et Mal. Le personnage de Smurf illustre parfaitement cette ambiguïté. A la fois mère et grand-mère, aimante et inquiétante, elle couve ses petits d’une tendresse malsaine. Dans un cérémonial où Smurf embrasse ses garçons à pleine bouche, on perçoit déjà le baiser de la mort. Incrédule face à ce sacre maléfique, Josh appose un regard distancier sur cette funeste famille. La lucidité du garçon a presque une valeur prémonitoire. Derrière la parade des caïds, l’adolescent décèle bien vite chez ses oncles la peur annonciatrice d’une tragédie. Alors que Josh regarde les hommes tomber sans aucune indulgence, nous, spectateurs, observons ce bal de cruauté avec dégoût mais, malgré tout, avec l’espoir d’un changement. A l’image de cette dualité omniprésente, James Frecheville, qui interprète Josh, et Guy Pearce, le flic idéaliste, portent ce film avec force et sensibilité. Grand prix du jury à Sundance en 2010, Animal Kingdom est incontestablement l’un des grands films de l’année. 

Titre VO : Animal Kingdom / Pays : Australie / Durée : 1h52 / Distribué par ARP Sélection /Interdiction : -12 / Sortie le 27 Avril 2011

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