EN ATTENDANT TERRENCE MALICK…

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Juste avant la sortie de Tree of life (le 18 mai), revenons sur la courte mais passionnante filmographie de Terrence Malick, un réalisateur bien trop
rare au cinéma.

 

La balade sauvage (1973)

Pour son premier long-métrage, Terrence Malick s’inspire d’un fait divers des années 50. Kit (Martin Sheen) tue le père de la jeune Holly (Sissi Spacek) dont il est amoureux et l’embarque dans
une cavale meurtrière. A mi-chemin entre Bonnie and Clyde (1967) et Sugarland Express (1974), La
balade sauvage
marque de son emprunte le Nouvel Hollywood par sa fraîcheur et sa désinvolture. On y voit déjà les prémisses d’un cinéma sensoriel où l’homme redevient l’animal d’une nature
sauvage, thématique que l’on retrouvera dans ses œuvres suivantes.  

 

Les moissons du ciel (1978)

Au début du XXème siècle, Bill (Richard Gere), sa petite amie Abby et sa petite sœur Linda quittent Chicago pour les moissons du Texas. Le propriétaire terrien qui les embauche tombe amoureux
d’Abby. Le sachant mourrant, Bill pousse Abby dans ses bras pour bénéficier d’une vie meilleure… C’est, à mon avis, le plus beau film de Terrence Malick. Celui où les éléments de la nature
illustrent le mieux l’humanité. On y voit les plaines du Texas devenir le théâtre de passions incontrôlables. Amour fou, trahison et jalousie, tout s’entremêle avec poésie et fureur de manière
presque surnaturelle. C’est un film superbe à voir et à revoir.

 

La ligne rouge (1998)

En pleine Seconde Guerre mondiale, l’armée américaine traque les Japonais à Guadalcanal, dans le Pacifique. C’est l’occasion pour Terrence Malick d’explorer la cruauté des hommes et l’état
psychologique des soldats. Dans la lignée des Sentiers de la gloire de Kubrick ou de Voyage au bout de
l’enfer
de Michael Cimino, ce film traite avec finesse et intelligence de l’absurdité de la guerre et de la déshumanisation des hommes. Ce film de guerre, particulièrement soigné, laisse la
part belle à un casting de rêve : Sean Penn, John Travolta, Nick Nolte, Adrien Brody, Jim Caveziel, John Cusak, George Clooney, Woody Harrelson…

 

Le nouveau monde (2005)

Au XVIème siècle, des Anglais débarquent sur une côte amérindienne pour y établir leur colonie. L’un d’eux, l’officier John Smith (Colin Farrell), tombe sous le charme de Pocahontas, une belle
autochtone. Incapables de cohabiter avec le peuple local, les envahisseurs s’engagent dans une lutte violente. Ici, Malick poursuit son exploration de la déshumanisation des hommes, capables de
tuer leurs semblables au nom d’une conquête. Son récit est d’une logique implacable et rappelle que les sauvages ne sont pas forcément ceux qu’on croit…

 

Les thématiques de Terrence Malick

 

L’homme et la nature/L’homme contre la nature

Terrence Malick place les drames de ses personnages au cœur même de la beauté terrestre. Cela permet d’accentuer le paradoxe entre l’homme et la nature. Chaque fois, le cinéaste oppose la cruauté
des hommes à l’apaisement de la nature. Dans La ligne rouge, les soldats s’enfoncent dans une forêt luxuriante, de la même manière que Kit et Holly,
dans La Ballade sauvage, adopte la forêt comme refuge. Et c’est au cœur même de cette nature que les instincts les plus vils sont exacerbés. Bill,
personnage impulsif et sanguin des Moissons du ciel, fomente son plan machiavélique dans les plaines texanes, rodant comme une bête autour de sa
proie. Après son crime, il se réfugiera dans la forêt pour une ultime cavale. Enfin, Le nouveau monde est le théâtre des luttes violentes entre
colons et autochtones. Le parallèle avec un cadre naturel serein permet d’accentuer l’impression d’inhumanité des hommes. D’ailleurs lorsque la haine atteint son paroxysme chez les hommes, la
nature finit par s’effacer. C’est le cas lors de la bagarre entre Bill et le fermier où l’on voit les champs de blé s’embraser dans une atmosphère d’apocalypse. Après la rage des deux hommes, il
ne reste plus rien à part des cendres. De même, lors de l’embuscade violente entre Américains et Japonais dans La ligne rouge, la forêt disparaît
sous une brume tenace.

 

L’importance de la voix et du son

Dans chacun de ses films, Terrence Malick utilise la voix off de ses personnages d’une manière qui lui est propre. La voix offre un regard distant et des appréciations sur les actions des
personnages. Dans Les moissons du ciel, tout est raconté du point de vue de la petite Linda qui nous fait part de son œil critique sur les
évènements. Son ton blasé, comme revenu de tout, semble annonciateur de l’issue fatale des personnages. Dans la Balade sauvage, c’est Holly, avec son
regard naïf qui commente la chute de Kit. En revanche, dans La ligne rouge et Le nouveau monde, ce sont des narrations croisées. Les voix
off des soldats racontent le désoeuvrement, le pessimisme et la peur, tandis que John et Pocahontas se livrent à une conversation interne proche de l’inconscient. On remarque également, le choix
de voix très graves, caverneuses et décalées comme pour donner une impression d’irréel. 

 

L’espoir d’un ailleurs paradisiaque et pacifique

Alors qu’ils sont emprunts à la violence, tous les héros de Malick rêvent d’un monde idéal pacifiste. Ils touchent de près à ce paradis mais ne réussissent jamais à y rester, comme si leur
instinct animal les ramenait inévitablement à une réalité brutale. C’est le cas de Jim Caveziel dans La ligne rouge qui, au début du film, a déserté
l’armée pour vivre avec les autochtones de l’île ; mais aussi Colin Farrell, capitaine banni dans Le nouveau monde, qui trouve refuge et chaleur
humaine auprès des Amérindiens, avant de redevenir un seigneur de guerre auprès des siens. Dans une moindre mesure, le couple tueur de La balade
sauvage
, et la pseudo-famille de Bill, se créent un petit monde à eux, fait de liberté et d’amour. Mais ce petit îlot de bonheur est forcément éphémère du fait de leurs actes.

 

Le cinéma de Terrence Malick est riche de symboles et de réflexions existentielles. Le cinéaste a créé un univers à part où la nature intervient comme métaphore du comportement humain. Lieu des
excès de l’homme, la forêt illustre parfaitement la nature humaine mais aussi un paradis à la fois proche et inaccessible. C’est un lieu où le héros est confronté à ses propres contradictions.
Dans ses quatre films, Terrence Malick pousse son héros à choisir sa propre voie. Et chaque fois, son personnage est à l’origine de son propre malheur. On peut imaginer que Tree of life n’échappe pas à la règle.