LE COMPLEXE DU CASTOR de Jodie Foster (2011)

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C’est assez rare que je ne mette pas de note à un film qui vient de sortir en salles. C’est d’ailleurs exceptionnel ! Même The Tree of life, dont je ne savais quoi penser en fin de projection, a malgré tout écopé d’un 6/10, note que je réserve habituellement aux films qui me laissent plus ou moins perplexe. Mais là, je l’avoue, je sèche complètement. Ai-je aimé ce film ? En ai-je retenu quelque chose ? Ne suis-je pas déjà en train de l’oublier ?… Car aussi touchant qu’il puisse être, le film est assez déroutant. Voyez plutôt : Walter Black (Mel Gibson) est au bord du gouffre. Dans un état dépressif avancé, il vit dans un hôtel miteux, loin de sa femme (Jodie Foster) qui l’a chassé pour protéger ses fils. Alors qu’il tente de se suicider, une marionnette en forme de castor, qu’il a trouvé dans une poubelle, l’oblige à se ressaisir. Dès lors, Walter ne communique avec son entourage qu’à travers sa peluche, devenue son porte-parole officiel. C’est le seul moyen pour lui de retrouver un semblant de vie normale… 

UN FILM AUSSI PLAISANT QUE DÉSAGRÉABLE…

Avec son traitement thérapeutique original, Walter effraie autant qu’il attendrit. Le personnage, joué par Mel Gibson, rarement aussi excellent, est à l’image de l’atmosphère du film : à la fois touchant et déconcertant. Pour sa troisième réalisation, Jodie Foster joue aux montagnes russes avec le spectateur, oscillant constamment entre tartufferie, émotion et gravité. Le plus troublant est qu’elle suit Walter dans sa logique illogique, en nous laissant penser qu’il contrôle la situation. Pourtant, il ne fait que s’enfoncer encore plus dans la folie. Et c’est seulement plus tard que, nous, spectateurs crédules, amusés par ce jeu d’illusions, allons brutalement être projetés dans une réalité cauchemardesque. En parallèle de cette vie désespérée, il y a Porter, le fils étudiant, qui liste tous les travers hérités de son père, pour mieux s’en éloigner. Même s’ils sont très différents, les deux hommes sont animés par la même fuite en avant. Walter recule pour mieux sauter : il se cache derrière sa peluche, tournant le dos au conformisme d’une vie de famille et à la réalité des coups durs. De même, Porter, en proposant son talent d’écriture au service de la tricherie, refuse en quelque sorte d’assumer une possible réussite sociale, tout comme il rejette un semblant de normalité familiale. Même Meredith (Jodie Foster), qui porte cette famille bancale à bout de bras, court après les chimères d’un bonheur passé. Mais où mène ce constat ? C’est là que le film montre ses limites. Une fois racontées toutes les faiblesses des hommes, Jodie Foster y répond par un sentimentalisme passif et démagogique, sans jamais explorer l’état dépressif dans sa dimension sociale. Et puis, il y a cette marionnette qui se transforme l’espace d’un instant en Chucky, entraînant l’histoire vers le mauvais film d’épouvante. Parfois bizarre, souvent naïf, ce Complexe du castor se laisse découvrir tout autant qu’il se laisse oublier. 

Titre VO : The beaver / Pays : USA / Durée : 1h31 / Distribué par SND /Sortie le 25 Mai 2011 
 
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