THE HUNTER de Rafi Pitts (2011)

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Téhéran, en 2009. Un veilleur de nuit demande à son patron de changer ses horaires pour passer plus de temps avec sa famille. Mais à cause de son statut d’ancien détenu, Ali se voit refuser cette simple requête. Un jour, en rentrant chez lui, l’homme découvre que sa femme et sa fille ne sont pas là. On lui apprend alors qu’une fusillade entre la police et des insurgés a éclaté au centre ville…

Le réalisateur Rafi Pitts, qui incarne aussi le rôle principal de The Hunter, offre une composition remarquable, à la fois âpre et intense, prenant aux tripes dès l’apparition du personnage. Avec son visage grave, ses paupières tombantes, son regard impénétrable, Ali fascine autant qu’il intrigue. Il semble y avoir chez lui un tel mélange de résignation et de fureur contenue que l’on a juste à attendre, patiemment, le moment où il explosera. Car le film réussit à rendre compte de tout ce qu’il y a d’insupportable dans la société iranienne : l’indifférence, l’injustice, la corruption policère, l’impossible réinsertion après la prison, mais surtout la violence physique et psychologique subie au quotidien par les petites gens. Rafi Pitts évoque d’un ton acerbe tous les aspects du régime totalitaire en maniant avec une extrême efficacité les moments de silence de son personnages, sorte de position radicale au brouhaha ambiant. Les lenteurs administratives que subit Ali (à l’hôpital ou au commissariat) font la démonstration d’un système bloqué où chacun perd son temps et, peu à peu ,ses droits. On croit que l’espoir va naître d’un jeune policier méprisant les agissements d’un collègue corrompu, mais Téhéran ne semble animée que par les désillusions. Poussé à bout, Ali agira en conséquence sans se retourner. On aimerait que Rafi Pitts pousse jusqu’au bout son personnage dans un rôle d’ange exterminateur. Mais ce que révèlent ses actes tourmentés, ce sont les frustrations d’un pays pris dans un étau politique. Tourné dans des conditions difficiles, le film fait avant tout office de témoignage cinglant. Profitant du chaos régnant en 2009 pendant la réélection du président Ahmadinejad, Rafi Pitts parvient à réaliser un brûlot contre le pouvoir malgré l’oeil d’un censeur présent sur le plateau. Avec ce récit sans concessions, The hunter confirme la vivacité du cinéma iranien qui réussit à parvenir jusqu’à nous malgré une situation politique intenable. D’Abbas Kiarostami à Jafar Panahi, en passant par Asghar Farhadi et Saman Salour, la scène iranienne continue de s’affirmer à travers des thèmes engagés et un indéfectible esprit de résistance. Encore faudrait-il que les films puissent être vus dans leur propre pays.

Titre VO : Shekarchi / Pays : Iran / Durée : 1h32 / Distribué par Sophie Dulac Distribution /Sortie le 16 février 2011 et reprise le 8 Juin 2011 

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