DEUX CURIOSITÉS DE SAMAN SALOUR : LONELY TUNES OF TEHRAN & QUELQUES KILOS DE DATTES POUR UN ENTERREMENT

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Le mois de juin sera iranien ! Dans la foulée du film Une séparation de Asghar Farhadi, sorti le 8 Juin et de The Hunter de Rafi Pitts, en reprise à la même date, voici deux films de Saman Salour lancés simultanément en salle. Pas très récents d’ailleurs, car si Lonely Tunes of Tehran sort cette année en France, après s’être fait connaître à Cannes en 2008, Quelques kilos… a semble t-il passé 5 ans dans un placard alors qu’il avait reçu la Montgolifière d’Or au Festival des 3 continents de Nantes en 2006…

LONELY TUNES OF TEHERAN (2008)

Un ancien soldat iranien et son cousin, ingénieur au chômage, sillonnent Téhéran au gré des commandes de paraboles dont l’installation est formellement interdite en Iran. C’est l’occasion de découvrir le quotidien difficile de deux éclopés de la vie, qui dépeignent l’absurdité de leur condition non sans humour.

Sur un mode burlesque, le film explore le pire de la société iranienne grâce à ses deux personnages, Behrouz et Hamid, qui offrent un numéro de duettistes à la fois drôle et touchant. Tourné clandestinement, le film témoigne de l’impossibilité d’une vie normale. Quand la moindre petite nécessité est contrariée par un régime totalitaire (obtenir de l’essence, avoir une voiture, avoir des nouvelles de l’extérieur), seule la dérision l’emporte. Le gouvernement ayant interdit les paraboles pour empêcher ses citoyens de s’informer sur le monde, Behrouz et Hamid font offices de résistants face à un pays privé de liberté. Les deux hommes, réunis par une très forte amitié, se chamaillent continuellement comme pour prendre de la distance par rapport à leur réalité sociale et leurs propres handicaps.    

QUELQUES KILOS DE DATTES POUR UN ENTERREMENT (2006)

Dans la steppe enneigée, Sadry et Yadi tiennent une petite station service au bord de la route. Ils n’ont presque plus de clients depuis l’installation d’une déviation. Alors que Yadi écrit des lettres d’amour à une femme qu’il n’a jamais osé aborder, Sadry, personnage solitaire, se confie à un cadavre de femme dans une voiture, gardée intacte grâce au froid. Leurs seules visites sont celles du facteur, qui transmet les lettres de Yadi, et Ouroudji, un croque-mort désabusé.

Ce film, tourné en noir et blanc, est plus austère et plus mélancolique que Lonely Tunes of Terhan. Saman Salour y exprime la solitude de deux hommes en marge de la société. On y voit, comme dans le précédemment cité, l’importance du duo complémentaire qui montre ainsi deux versants de la population iranienne. L’une résignée et l’autre encore un peu utopiste. Même s’ils ont un caractère différent, les deux hommes se rejoignent sur un point : ils dialoguent avec des femmes qui ne leur répondent pas, comme si tout échange dans ce pays était devenu impossible. Pourtant, dans cet univers isolé, et donc détaché de la pression sociale, les personnages rêvent. D’abord d’un ailleurs où l’amour est possible et surtout de liberté. Pour évoquer cette échappatoire, Saman Salour nous plonge dans l’immensité d’un paysage blanc comme pour offrir un territoire vierge de toute tragédie. Et avec ses très beaux jeux de lumières, il donne un effet crépusculaire à son film.

Saman Salour signe deux films tendres et poétiques sur un pays en décomposition. Il prend des figures marginales pour exprimer la douleur d’un pays qui souffre sans verser dans le pathos. Bien au contraire, le réalisateur fait reposer ses deux films sur des duos comiques et chaleureux, offrant un espoir, ne serait-ce qu’infime, d’un avenir meilleur.

Titre VO : Taraneh Tanhaïye Tehran (2008)  Chand kilo khorma baraye marassem-e tadfin (2006) / Pays : Iran / Durée : 1h19 et 1h25 / Distribués par Les Films du paradoxe /Sortie le 1er Juin
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