BLUE VALENTINE de Derek Cianfrance (2011) Note : 9/10

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Entre Dean et Cindy, ce fut le coup de foudre. Puis, le temps a passé. Aujourd’hui mariés et parents d’une petite fille, leur couple bat de l’aile. Et même les tentatives désespérées de Dean pour raviver la flamme n’y change rien.

 UN RÉCIT À FLEUR DE PEAU SUR L’ÉROSION DU COUPLE 

C’est une histoire simple et pourtant, le film ne ressemble à aucun autre. Sans doute à cause de cette réalisation si particulière. Issu du documentaire, Derek Cianfrance filme ses deux personnages au plus près, afin d’en capter toute l’émotion. Pour raconter l’érosion du couple, le réalisateur, qui a mis tant d’années à écrire cette histoire, fait des allers-retours entre l’effervescence amoureuse des débuts et les désillusions du présent. Dans les scènes de souvenirs, filmées dans des couleurs chaudes et des cadrages aux contours flous, les deux jeunes gens se tournent autour, se séduisent et se découvrent la même soif de vivre. Lui est déménageur, elle étudie pour être médecin. Ils ont encore l’innocence de la jeunesse et croient à l’amour éternel. Dans cette partie, Derek Cianfrance filme la découverte de la passion avec une telle sensualité, qu’on est soi-même séduit par cette magie des sentiments. Il y a dans la construction de ce couple, un refuge, une sorte de rempart aux duretés familiales et sociales. Quand le film nous montre le présent, tout a changé. L’image se fait plus nette, presque trop réaliste, comme une plongée brutale dans la vraie vie. On voit un couple épuisé par les habitudes. Dean s’est épaissi et la calvitie lui ronge le crâne à petit feu. Le corps de Cindy a changé. Devenue infirmière, son visage accuse la fatigue des heures de garde. Le couple ne se dit plus rien si ce n’est pour se faire des reproches mutuels. Les marques d’affection tactiles ont disparu. A chaque moment de bonheur dévoilé par les images passées, on se demande comment le couple a pu en arriver là. On guette les moindres petits signes d’éloignement progressif, les indices annonciateurs d’une rupture. Et c’est là que se révèlent l’usure inévitable du couple, les ambitions brisées, les responsabilités assommantes et les souffrances inavouées. Derek Cianfrance autopsie la vie conjugale avec finesse et sensibilité. Porté par la composition superbe et jusqu’au-boutiste de Michelle Williams et Ryan Gosling, Blue Valentine touche en plein cœur. Terriblement pessimiste, cette histoire douloureuse rend compte avec intensité de la fugacité de l’amour.

  

Titre VO : Blue Valentine / Pays : USA / Durée : 1h54 / Distribué par Films sans frontières /Sortie le 15 Juin 2011

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