L’AFFAIRE RACHEL SINGER de John Madden (2011) Note : 6/10

 

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En 1965, en Allemagne de l’Est, David, Stephan et Rachel, trois agents du Mossad, traquent Vogel, un chirurgien nazi qui a commis des atrocités dans le camp de Birkenau. Trente ans plus tard, le
trio, devenu célèbre pour s’être débarrassé du criminel, fait l’objet d’un livre écrit par la fille de Rachel et Stephan. Mais quelques minutes avant la présentation publique de l’ouvrage, David
se suicide…

 

MALGRÉ UNE PARTIE CONTEMPORAINE INÉGALE, LE FILM VAUT POUR SON HUIS CLOS CENTRAL QUI CRISTALLISE TOUTES LES HAINES

 

Attention, les Américains traitent de l’horreur nazie avec leurs gros sabots hollywoodiens ! En voyant la lourdeur des premières images et les répliques naïvement démagogiques (les nazis
sont très très méchants, oh là là), on se dit qu’on ne va pas faire long feu devant ce remake ampoulé du film israélien The Debt. Et puis, l’histoire
fait un bon dans le passé, à l’époque de la traque, quand l’Allemagne semble s’enfoncer dans de nouvelles heures sombres. Là, le film démarre enfin dans une fulgurante énergie. On découvre
Stephan, un homme au caractère bien trempé et dont la dévotion pour son pays est presque trop excessive. Il y a David (Sam Worthington, plutôt bon dans ce rôle) qui a perdu toute sa famille en
déportation et fait de cette mission une affaire personnelle. Enfin, Rachel (Jessica Chastain, impeccable), anciennement interprète pour le Mossad, souhaite se frotter au terrain. Trois agents,
mais trois personnalités différentes dont les travers se révèleront au cœur du film. Lorsque le trio prépare minutieuse l’enlèvement de leur cible, l’action se déploie dans un rythme haletant.
Puis, après la capture, survient un temps mort où les personnages se tournent autour dans une intrigue amoureuse pas réellement passionnante, mais pas anodine non plus. En effet, leurs sentiments
mis à nu, les trois personnages sont désormais vulnérables aux yeux de leur prisonnier. Vogel perçoit alors les failles de chacun, provoque ses ravisseurs verbalement et attise leurs plus vils
instincts. C’est là que le film prend de l’ampleur : lorsque la haine s’insinue sournoisement dans les relations entre les personnages, dans un huis clos oppressant où chacun aimerait échapper à
l’autre.

Le deuxième aspect intéressant du film est un regard incrédule sur la construction d’un mythe. Confrontés à une situation qu’ils n’avaient pas prévu, les trois agents décident de construire
eux-mêmes une vérité pour leur patrie, comme si l’Histoire ne pouvait se contenter de la réalité. A travers le personnage de Stephan, le plus engagé des trois, John Madden décrypte le processus
de mystification au nom d’une idéologie. Il cloue au pilori le fanatisme aveugle qui se développe autour des drames historiques et montre que l’émotion annihile toute rationalité.  De retour dans le présent, les personnages ne pourront pas vivre tranquillement sans avoir réparé. Dommage que cette partie finale, pourtant soutenue par Helen
Mirren, retombe dans un récit conventionnel et moral. On aurait aimé que John Madden aille jusqu’au bout de son audace. Cependant, le film a le mérite d’interroger notre propre rapport affectif à
l’Histoire et de suggérer une distanciation raisonnable.

 

 

 

Titre VO : The Debt / Pays : USA / Durée : 2h /
Distribué par Universal Pictures International /Sortie le 15 Juin 2011