OMAR M’A TUER de Roschdy Zem (2011) Note : 7/10

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C’est officiel : Sami Bouajila, est pour moi, le meilleur acteur français actuellement. Déjà touchant dans Les témoins d’André Téchiné, poignant dans les deux films de Rachid Bouchareb ( Indigènes et Hors-la-loi) ou encore, terriblement inquiétant dans Signature, la récente mini-série de France 2, c’est l’acteur que j’aime voir évoluer dans des rôles toujours plus difficiles. Dans le deuxième film de Roschdy Zem, après Mauvaise foi, il est Omar Raddad, le jardinier marocain accusé du meurtre de sa patronne en 1991. Une affaire trouble restée tristement célèbre par la phrase accusatrice « Omar m’a tuer » inscrite sur une porte avec le sang de la victime. Maîtrisant mal le français et les bases du système judiciare, Omar peine à se défendre et devient, dès lors, le coupable idéal. En 1994, alors que le jardinier croupit depuis plusieurs années derrière les barreaux, Pierre Emmanuel Vaugrenard, un grand écrivain, décide de reprendre l’enquête afin de l’innocenter.

UN FILM ENGAGÉ QUI EXPLORE, À TRAVERS L’AFFAIRE, UNE FRACTURE ENTRE DEUX LANGAGES    

 

Pour raconter cette histoire, Roschdy Zem suit parallèllement les premières années judiciaires vécues par Omar et les étapes de l’enquête de Vaugrenard. Dès lors, le film confronte deux mondes : celui du langage, des belles lettres, d’un niveau de vie bourgeois et celui de l’intériorité, de la rupture verbale et d’une classe ouvrière immigrée. Le film montre une incapacité à s’exprimer face à un monde de paroles, que ce soit au tribunal ou au commissariat. Roschdy Zem filme cette incommunicabilité du point de vue du prisonnier, comme pour mieux montrer l’isolement du personnage face à une machine judiciaire qui le dépasse. Malgré le soutien de Vaugrenard, il n’y a à aucun moment, de lien affectif entre les deux. dans le film, les deux personnages ne se rencontrent qu’une fois et échangent peu. C’est l’écrivain qui abreuve Omar de parole, tandis que l’image de l’accusé est vampirisé par un photographe. Chaque fois, Roschdy Zem crée une atmosphère étouffante autour d’Omar. Sa caméra est dans une déstabilisante proximité alors qu’elle est plus consensuelle chez l’écrivain. On se demande parfois si le personnage de Vaugrenard agit par solidarité ou par pure ambition personnelle, car le film laisse les motivations de l’artiste ambigues. Joué par Denis Podalydès, l’écrivain, fortement inspiré par Jean-Marie Rouart (l’auteur de Omar, la construction d’un coupable), donne parfois l’impression d’envahir l’espace. La caméra le filme beaucoup (trop ?) dans ses péripéties d’enquêteur. Ses conversations interminables avec sa secrétaire ridiculisent d’emblée les hypothèses développées par la justice. Encore une fois, se confirme la dictature de la parole. Il en sera de même au tribunal où Omar est assailli de questions, sans jamais réussir à faire une phrase correcte. Même son avocat Maître Vergès, participe à cette vampirisation de l’espace oral.. Dépourvu de moyens d’expression, Omar souffre en silence face à ce débit de paroles incessant. Les joues creusées et le regard livide, Sami Bouajila incarne Omar avec une humilité et une intensité incroyable. Malheureusement, cette interprétation parfaite se fait rare. On ne voit Omar que par petite touche, comme si tout allait se décider sans lui. Peut-être est-ce là une volonté de Roschdy Zem : montrer jusqu’au bout une fracture langagière invisible et pourtant synonyme d’un profond malaise social.

Le débat avec l’équipe du film

Lundi 20 Juin, à l’occasion de l’avant-première organisée par le magazine Première, Sami Bouajila, Roschdy Zem et Omar Raddad avaient fait le déplacement. Dans la salle comble du Gaumont Parnasse, les questions fusaient autour de l’affaire. Plus que le film, c’est le thème de l’erreur judiciaire qui a passionné les spectateurs, chacun espérant obtenir la vérité sur le crime. Sami Bouajila a évoqué sa préparation de 6 mois avant le film, afin de perdre son accent tunisien et adopter le ton monocorde qui va avec la personnalité mutique d’Omar. On a appris que le projet devait initialement être tourné par Rachid Bouchareb avec Roschdy Zem dans le rôle-titre. Ce fut un échange intéressant où toutes les générations se sont montrées touchées par cette histoire. Roschdy Zem et Sami Bouajila ont confirmé leur volonté de travailler sur des projets toujours plus engagés. Le moment le plus émouvant fut l’arrivée d’Omar Raddad, chaleureusement applaudi. Gracié mais pas innocenté, il espère avec ce film la réouverture de son dossier pour une réhabilitation.

Omar m’a tuer / Pays : France / Durée : 1h25 / Distribué par Mars distribution /Sortie le 22 Juin
2011
 

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