PATER d’Alain Cavalier (2011) Note : 6/10

PATER

 

Alain Cavalier, président de la République, nomme Vincent Lindon, premier ministre. Les deux hommes se filment l’un l’autre dans un jeu de miroirs troublant où se mêlent réalité et fiction.

 

UN BEL EXERCICE POUR VINCENT LINDON, MAIS UN FILM SINGULIER ET LABORIEUX

 

Etrange objet que ce Pater où se confondent lutte de pouvoir silencieuse, lien filial entre un cinéaste et son acteur et en filigrane, une vraie-fausse relation père-fils. Les deux hommes échangent leurs idées, réfléchissent à la notion de pouvoir, s’observent dans leurs habits de politiques et dégustent des mets du terroir avec gourmandise. Ministre issu de la société civile, Lindon, fait des propositions plus ou moins démagogiques, comme un people naïf qui veut, lui aussi, mettre son grain de sel en politique. Parfois, on ne sait plus si c’est l’acteur ou le personnage qui parle, lui-même ne semble pas toujours le savoir. C’est une situation assez troublante mais particulièrement intéressante car elle interroge la place de l’artiste sur le terrain de l’actualité. Alors que l’on demande aux stars d’avoir un avis sur tout, parfois sans beaucoup de discernement, on peut se demander quel est le rôle d’un artiste dans une société dominée par les mots plus que par les actes. Les suggestions de Vincent Lindon ne sont réduites qu’à des moments anecdotiques de conversations. Ainsi, Alain Cavalier les place au même niveau que leurs discussions superficielles sur leurs repas ou le choix d’une cravate. Vincent Lindon offre une performance assez forte où il se dépasse sans cesse. Les moments où il redevient, lui-même, pour râler un bon coup, sont les plus passionnants. Mais voilà, il y a le reste : ces instants fictionnés, et un peu confus, où se construit l’intrigue tant bien que mal. Souvent, l’ennui pointe à l’horizon car on ne voit pas toujours où Alain Cavalier veut en venir avec cet essai qui n’est ni une critique réelle du pouvoir, ni un film. Avec sa forme hybride, Pater déroule une succession de scènes détachées où les idées demeurent désespérément abstraites. Cependant, on note une séquence marquante : lorsque le président Cavalier nous montre les récents points de suture d’une opération esthétique. Là, on retrouve l’obsession de la chair meurtrie d’Alain Cavalier le filmeur. Dans ce journal vidéo où il évoque un héritage physique qu’il ne supportait plus et un père autoritaire dont il refuse la ressemblance, il y surtout le rejet d’une société guidée par la revanche et les douleurs personnelles.

 

 

 

Pater / Pays : France / Durée : 1h45 / Distribué par Pathé distribution /Sortie le 22 Juin 2011

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