LA DERNIÈRE PISTE de Kelly Reichardt (2011) Note : 8/10

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Au XIXème siècle, dans les plaines désertiques de l’Oregon, trois familles partent à la conquête de l’Ouest avec l’espoir d’une vie meilleure. Mais l’El Dorado s’avère bien difficile à atteindre car leur guide, un aventurier un peu rustre, se perd en cherchant un raccourci. La patience et la volonté du groupe sont alors soumises à rudes épreuves…

UN WESTERN POÉTIQUE OÙ S’AFFIRMENT ÉGALITÉ ET TOLÉRANCE

Juste après la sortie du superbe Blue Valentine de Derek Cianfrance, Michelle Williams revient, une fois encore, dans un très beau rôle. Pour sa deuxième collaboration avec Kelly Reichardt, qui l’avait dirigée dans Wendy et Lucy, l’actrice impressionne en épouse mutique et volontaire, s’affirmant peu à peu dans un monde d’hommes. Dans l’immensité du désert, les silences de la jeune femme raisonnent autant que les paroles de virilité masculine. Ainsi, s’installe une lutte silencieuse entre Emily, une femme réservée qui s’émancipe de son mari et Meek (Bruce Greenwood), un trappeur bavard et vaniteux, qui perd au fil des mots sa crédibilité. Perdu, chacun semble oublier progressivement les raisons de ce voyage comme si le vide les envahissait. Pour signifier cette perte de repères, Kelly Richardt choisit des cadrages carrés, resserrant ainsi notre regard sur les visages égarés. Par ce biais, les grands espaces sont réduits à un chemin abstrait. Le film interroge alors le sens de cette conquête. L’apparition d’un indien trouble encore plus le jeu et donne au film un nouveau tournant. Alors que Meek, personnage belliqueux et stupidement primaire, tente de liguer le groupe contre l’étranger, Emily essaie de nouer un dialogue avec lui. Le désert devient alors le théâtre d’un renversement de pouvoir, mais également d’une quête spirituelle où recherches d’or et guerres de territoires deviennent finalement accessoires. Aussi sec que ses plaines rocheuses, le film évolue dans une sérénité et une lenteur maitrisée. Pourtant, cette Dernière piste n’est jamais ennuyeuse. Kelly Richardt filme l’invisible et le silence, avec étrangeté et fascination. Hormis Michelle Williams, Bruce Greenwood, caché derrière sa barbe, et Paul Dano, aussi obscur que dans There will be blood, participent à cette atmosphère trouble. Avec ce film poétique, Kelly Reichardt nous offre un western philosophique vibrant.

 

Titre VO : Meek’s Cutoff / Pays : USA /Durée : 1h47/ Distribué par Pretty Pictures / Sortie le 22 Juin 2011

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