MY LITTLE PRINCESS d’Eva Ionesco (2011) Note : 7/10

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D’abord peintre, Hannah, femme fantasque et lunaire, se découvre des velléités de photographe. Le corps pré-pubère de sa fille Violetta devient alors le sujet des ses compositions érotiques et
lugubres. D’une jeunesse paisible aux côtés de son arrière grand-mère, la fillette est propulsée au rang d’enfant-star. Mais les photographies, toujours plus trash, finissent par faire scandale…

 

UN CONTE CRUEL SUR L’ENFANCE, AUX ACCENTS GOTHIQUES

   

Avec ce conte horrifique et autobiographique, l’actrice Eva Ionesco raconte une période trouble de son enfance. Dans les années 70, elle fut l’égérie de sa mère, la photographe Irina
Ionesco, et la starlette des soirées branchées du Palace, avant que la DASS ne s’en mêle. Le film témoigne d’une enfance volée et d’une relation mère-fille oscillant entre attraction et
répulsion. Isabelle Huppert joue une mère vaporeuse et vénéneuse qui vampirise son enfant par l’image, tel un Dracula. Le charme du film vient de la délectation qu’a la réalisatrice à convoquer
le cinéma d’épouvante. Surnommé « le sanctuaire », l’atelier d’Hannah est un lieu ténébreux et funèbre où Violetta s’engouffre comme si c’était l’antre du diable. On pense, parfois, aux
Lèvres rouges, ce film des années 70 où Delphine Seyrig jouait la vampiresque comtesse Bathory. Ici, la bouche couleur sang d’Hannah aspire
l’innocence de sa petite fille dans un univers gothique et baroque. Violetta, interprétée par la jeune Anamaria Vartolomei, est fascinante quand elle regarde sa mère sombrer dans l’irrationnel,
tout en prenant goût à ce jeu dangereux. Prête à tout pour se faire aimer de sa mère, la jeune fille accepte d’être dépossédée de son intimité jusqu’à l’inacceptable. Mais un jour il y aura ce
« non » martelé avec une furieuse détermination. Là, le film prend une nouvelle direction, loin des paillettes et des parades excentriques. Dans ses tenues de séductrices bien trop
grandes pour elle, Violetta s’affranchit de l’emprise maternelle et cesse d’être une femme-enfant. C’est dans cette partie que le film se défait peu à peu de sa complexité. Cependant, on peut
aussi se sentir mal à l’aise devant l’intimité de cette petite famille qui lave son linge sale en public. Au début du film, quand la mère, la fille et l’arrière grand-mère se déchirent dans un
joyeux désordre, on aimerait être ailleurs. Mais surtout, ce qui peut grandement déranger, c’est de voir Eva Ionesco jouer à la poupée avec sa jeune actrice. Par exemple, lorsqu’
Anamaria
Vartolomei, en talons hauts, porte-jarretelles et soutien-gorge transparent, s’agace de devoir poser lascivement dans les bras d’un Lord déjanté, on ne distingue plus la gêne entre le personnage
et la comédienne. Cela rappelle le malaise ressenti devant Vénus NoireAbdellatif Kechiche y exploitait jusqu’à
l’humiliation son actrice, dont les larmes se mêlaient à celles de son personnage. Même s’il n’est pas clairement racoleur, My little Princess peut
sembler excessif dans ses situations. Parfois, on aimerait que certaines scènes s’arrêtent, mais elles vont toujours plus loin afin de confirmer la démence d’une mère indigne. Enfin, l’autre
effet pervers du film est de susciter la curiosité malsaine du spectateur pour les fameuses photos, encore visibles aujourd’hui. Malgré cela, le film est passionnant, intrigant et agréablement
bizarre. On attend avec impatience la suite, Eva Ionesco ayant annoncé une trilogie.  

  

 

My little
Princess 
/ Pays : France / Durée : 1h45 / Distribué par Sophie Dulac Distribution /Sortie le 29 Juin 2011