J’AI RENCONTRÉ LE DIABLE de Kim Jee-woon (2011) Note : 7/10

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Alors que l’agent Soo-hyun travaille sur une enquête, sa femme enceinte est assassinée par un tueur en série. Après avoir découvert les restes de sa bien-aimée, le jeune homme décide de traquer le criminel coûte que coûte. Porté par sa soif de vengeance, Soo-hyun révèle sa propre monstruosité.

LE DIABLE OU LA MONSTRUOSITÉ QUI SE CACHE EN CHACUN DE NOUS

Déjà auteur de l’impressionnant polar A bittersweet life et du ludique western Le bon, la brute et le cinglé, le cinéaste sud-corréen Kim Jee-woon revient avec un thriller, certes violent, mais d’une incroyable maîtrise. Par sa forme abrupte, le film offre une plongée brutale dans l’univers d’un serial killer et du limier qui le traque. Mais alors que l’on pourrait s’attendre à un affrontement manichéen, rituel du genre, l’histoire se déploie autour de la personnalité complexe du héros. Au début, Soo-hyun a tout d’un flic exemplaire, dévoué jusqu’au bout à ses missions. Cependant, lorsque le père de sa défunte femme réclame vengeance, l’homme se transforme en ange exterminateur particulièrement méthodique. Après une scène de funérailles un peu trop larmoyante, l’émotion est définitivement balayée pour laisser place à la rage. Dès lors, le film prend une tournure singulière. Devenu un chasseur traquant sa proie, le jeune flic se confond, peu à peu, avec le psychopathe qu’il poursuit, comme si chez lui la violence était innée. Il commence par terroriser les principaux suspects du meurtre avec une joyeuse perversité. Puis lorsqu’il trouve enfin le tueur, il s’adonne à un drôle de jeu, une partie de chasse sadique où chacun perd progressivement son humanité. Au contact du tueur, dont nous découvrons avec effroi la cruauté,
Soo-hyun devient lui-même une bête. Ainsi, il se délecte de laisser échapper le serial killer devenu sa victime, pour mieux le recapturer et lui faire subir les pires sévisses. Chaque torture infligée est de plus en plus violente, déclenchant chez notre héros une satisfaction déroutante. Loin d’être gratuite, cette brutalité omniprésente raconte quelque chose de terrifiant sur la société sud-coréenne. A travers ses personnages tous aussi dérangés les uns que les autres, Kim Jee-woon raconte les dérèglements d’un pays malade car rongé par la violence. Rien d’étonnant à voir, durant la folle cavale du tueur, un défilé impressionnant de monstres sanguinaires. Le psychopathe aura d’ailleurs cette phrase implacable : « Ils sont tous fous ! ». Mais la cruauté à laquelle cède le héros n’est pas sans conséquences. Elle finira par lui ronger l’âme. Porté par l’acteur Lee Byung-Hun (déjà au casting de A bittersweet life et Le bon, la brute et le cinglé), J’ai rencontré le diable distille son incrédulité face à l’humanité avec un sens aigu de l’écriture psychologique des personnages. Même s’il aurait pu être beaucoup moins long (2h20 tout de même), le dernier film de Kim Jee-woon fait partie des thrillers de l’été à ne pas rater.

Titre VO : Akmareul boatda /Pays : Corée du sud / Durée : 2h22 / Distribué par ARP / Interdit aux -16 ans/ Sortie le 6 Juillet 2011

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