I’M STILL HERE – THE LOST YEAR OF JOAQUIN PHEONIX de Casey Affleck (2011) Note : 5/10

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Joaquin Pheonix, frère de feu River Pheonix, acteur bof et beauf, porté aux nues depuis son Oscar pour Walk the line, a un gros coup de fatigue. Entre alcoolisme et consommation de
stupéfiants, il n’a plus la tête à tourner dans les chef-d’œuvres de James Gray. Pour s’octroyer une pause bien méritée, il décide de faire croire à sa retraite anticipée d’acteur et à une
reconversion dans le hip-hop. Toute la planète people s’émeut de la nouvelle pendant que lui fait filmer la supercherie par son beau-frère Casey Affleck…

 

DE L’IMPOSTURE DANS L’IMPOSTURE…

 

Vendu comme un mockumentary, I’m still here a pourtant des airs de vrai descente aux enfers hollywoodienne. Joaquin Pheonix dit JP, filmé sous toutes les coutures par Casey Affleck alias
Case, se ridiculise à chaque plan. Mais ce n’est pas grave, cela fait, parait-il, partie de la blague… Le voilà donc affublé d’un barbe de 20 centimètres, de cheveux plus que poisseux et de
haillons repoussants. Pas loin de la clochardisation, JP s’agite face caméra, pète des câbles devant ses amis, picole, sniffe et, de temps en temps, rappe des phrases débiles. Son staff applaudit
et tente une rencontre avec P. Diddy. Loin d’être né de la dernière pluie, le rappeur, sentant le coup fumeux, s’amuse à faire tourner JP en bourrique à coup de rendez-vous manqués. L’intérêt du
film sera donc de voir les réactions diverses du petit monde gravitant autour de la star. On rit devant le scepticisme du rappeur Mos Def, la consternation de Ben Stiller, la spiritualité en toc
d’Edward James Olmos, mais surtout, on s’inquiète de voir l’entourage de l’acteur l’aider à toujours plus s’enfoncer. Car c’est ce que révèle férocement le film : la cruauté du star system
où, d’un côté, on se réjouit de votre chute, et de l’autre, on vous aide à la provoquer. D’un parfait cynisme, le film n’épargne personne, pas même les amis de l’acteur prêts à vendre le scoop
d’une supercherie aux plus offrants. Mais qu’on ne s’y trompe pas, I’m still here a beau être un mockumentary, il n’en montre pas moins la mégalomanie et la vulgarité du personnage.
Souvent dans un état second, l’acteur maltraite et injurie ses proches à longueur de journée. Sans compter qu’il est profondément répugnant. Entre festival de vomis, guerres fécales, rails de
coke et baisodrome, difficile de croire que JP joue la comédie en permanence. On se demande même si Casey Affleck n’a pas exploité la déchéance de son cher beau-frère dont on connaît la tendance
à l’auto-destruction. Dommage qu’on ne voit pas les coulisses de cette obscure supercherie : ni Pheonix, ni Affleck n’évoquent jamais la possibilité d’un faux. JP semble d’ailleurs bel et
bien au bout du rouleau, visionnant, dépité, les conséquences pathétiques de sa farce sur You Tube. On se souvient du très bon Faites le mur ! de Banksy qui, via une habile imposture, faisait un
constat édifiant du monde de l’art. Là, malgré des intentions louables, I’m still here est plus souvent proche du sous-Jackass que du documentaire pamphlétaire.

 

 

 

Titre VO : I’m still here : The lost year of Joaquin Pheonix / Pays : USA / Durée : 1h48 / Distribué par CTV
International / Sortie le 13 Juillet 2011