QUARTET de James Ivory (1981)

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Paris 1927. Installés dans un petit hôtel, Marya et Stephan, un couple d’étrangers, vivent de la vente illégale d’objets d’art. Un jour, Stephan est emprisonné pour ses trafics. Seule et désargentée, Marya accepte la proposition d’hébergement d’un couple d’amis anglais. Mais l’offre va s’avérer plus intéressée qu’il n’y parait…

Adapté du roman éponyme de Jean Rhys, Quartet évoque, de façon parfois déroutante, un jeu de manipulation. Marya (Isabelle Adjani, fidèle à ses rôles de femmes fragiles) est un personnage sans volonté, qui tombe sans difficulté dans les filets des Heidler, un couple étrange, sournois, pervers. En apparence, Loïs et HJ, interprétés par Maggie Smith et Alan Bates, ont tout des convenances de la société anglaise. Mais très vite, le vernis craque. Dans leur élégant salon parisien, Loïs, assise à l’extrémité de son canapé, et HJ, engoncé dans son fauteuil, n’ont jamais été aussi éloignés. Derrière eux, un tableau de Tamara de Lempicka les représente enlacés. Lui, sourire en coin, jubile en apprenant l’arrestation de Stephan dans le journal. Tandis qu’elle, femme bafouée mais complice, accueille sous son toit, Marya, la nouvelle proie de son mari. Leur précédente locataire s’est suicidée, nous dit-on. Et alors ? « Ce n’est pas pour cela qu’il faut se couper du monde ! » martèle froidement HJ. Cette phrase résume à elle seule le pacte troublant qui unit ces deux créatures. Marya sera donc la nouvelle chose d’un couple qui s’ennuie. Consciente de son sort, la jeune femme ne résiste pas, trouvant ici la protection qu’un mari prisonnier ne peut lui apporter. Le personnage se complait dans un rôle de petit animal fragile et de femme passive qui se laisse porter par le destin. Marya n’évoluera pas, fidèle à son dilettantisme amoureux. Il faudra plutôt chercher la complexité du côté de Loïs, femme faible et forte à la fois, ambiguë tout au long du film. Méprisant l’infidélité de son mari, Loïs admire pourtant ses proies. Ainsi, elle peint le portrait de Marya et exhibe la jeune femme comme un trophée. Loïs agit comme si cette maîtresse était le ciment de son couple vacillant. Pathétique à l’envi, Loïs est une Marya améliorée, moins léthargique mais tout aussi résignée et soumise. Sorti de prison, Stephan ne peut que mépriser ce spectacle affligeant et écoeurant. Et l’amour dans tout ça ? Rien, car dans Quartet, tous les sentiments son factices. Marya parle d’amour mais rien ne l’illustre jamais. Délaissée par HJ et Stephan, la jeune femme se laisse emporter comme un objet de collection par Pierre, une nouvelle figure de protection.

Malgré des qualités narratives indéniables, le film est alourdi par un maniérisme exacerbé et un jeu parfois trop mécanique. Même si Isabelle Adjani et Maggie Smith s’en sortent bien, on ne peut pas en dire autant d’Alan Bates, particulièrement apathique dans sa prestation. Ainsi les scènes d’amour tournées avec Adjani manquent de profondeur et de crédibilité. Les personnages secondaires ne sont pas en reste. Entre Stephan, Pierre, l’Américain et un pornographe, on assiste à un festival de jeu trop théâtral. Par conséquent, on peut éprouver un certain détachement vis-à-vis de ce drame, qui souffre également de beaucoup de longueurs. Embourbé dans un académisme à toute épreuve, James Ivory a du mal à laisser vivre son histoire. Chacun joue sa partition dans des scènes hautement symboliques mais sans qu’il y ait la moindre interaction entre les protagonistes. En somme, la mise en scène de Quartet est aussi corrompue que ses personnages.

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