LA FÊTE DU FEU d’Asghar Farhadi (2007) Note : 7/10

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C’est la fin de l’année en Iran. Rouhi va bientôt se marier. Quelques jours avant la noce, elle est engagée comme femme de ménage, dans une résidence. Chez le couple où elle doit travailler pour la journée, tout va mal : rien n’est prêt pour le départ en vacances et le foyer est au bord de l’implosion. Pendant ce temps, des enfants font éclater des pétards dans toute la ville pour la « fête du feu »…

Avant A propos d’Elly (2009) et Une séparation (2011), il y eut La fête du feu : un film modeste, troisième réalisation d’Asghar Farhadi, qui s’insinuait déjà dans les dédales de la société bourgeoise iranienne. Tout comme dans Une séparation, le film offre une opposition
frontale entre deux mondes. Au début, La fête du feu nous inonde d’images heureuses, malgré le froid, les vieux vêtements et le tchador. Rouhi et son fiancé ont des étoiles plein les yeux et respirent la joie des futurs mariés. Les tourtereaux affichent leur insouciance. Puis soudainement, Rouhi arrive dans un milieu bourgeois, ultra sécurisé, replié sur lui-même. Sa présence suscite la méfiance des voisins. On comprend qu’elle pénètre un lieu où les gens ne se mélangent pas. Sous son tchador, elle sent le poids des regards, tantôt méprisants, tantôt inquiétants. Ici, une fracture sociale se matérialise : un portail avec interphone permet de filtrer les intrus. D’ailleurs, quand elle tentera d’entrer en même temps qu’un résidant, elle sera chassée et devra attendre qu’on veuille bien lui ouvrir. D’entrée, Asghar Farhadi installe une situation de dominants/dominés. Tout au long du film, Rouhi n’agira qu’en fonction du bon vouloir de ses maîtres. Dans l’appartement, c’est le chaos : une vitre cassée, des cartons partout et la furieuse sensation de déranger un couple en crise. Rouhi y découvre une épouse paranoïaque, soupçonnant à tord ou à raison l’infidélité de son mari. Peu à peu, le cinéaste iranien installe chaque pion de son échiquier. Lorsque le jeu commence, le film devient implacable. D’abord sur la vie de couple, mais aussi sur une classe moyenne qui regarde les pauvres de haut. C’est un milieu cloisonné difficile d’accès et qui cache pourtant un grand désordre. A l’appartement, on ne sait plus si la famille va partir ou rester : alors qu’il y a des montagnes de bagages, les employées installent des rideaux. Tout est confus comme pour signifier l’inconstance des époux. Farhadi sait ménager ses effets, maintenir la tension pour nous emporter dans son tourbillon de coups de théâtre. Rouhi est embauchée, puis renvoyée, puis reprise pour espionner le voisinage ou pour servir d’alibi. Ses employeurs ne cherchent même pas à connaître son nom. Parfois, les situations absurdes vécues par la jeune fille rappellent le vaudeville. Mais cette expérience ne sera pas inutile. Finalement, ce milieu privilégié se révèle bien misérable tellement il est soucieux de préserver les apparences. Témoin de ce psychodrame bourgeois, Rouhi n’en sera que plus renforcée dans son amour. Car cette journée infernale a autant valeur d’initiation que d’exemple à ne pas suivre. Loin de toute désillusion, Rouhi reprend sa vie avec un regard plus lucide sur le couple et apprécie d’autant plus la joie d’un bonheur simple. 

Titre VO : Chaharshanbe-soori/ Pays : Iran / Durée : 1h44 / Distribué par Memento Films Distribution / Reprise en salles depuis le 27 Juillet 2011 

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