LES BIEN-AIMÉS de Christophe Honoré (2011) Note : 5/10

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A Paris dans les années 60, Madeleine, une vendeuse de chaussures, fait la « putain » pour arrondir ses fins de mois. Un jour, Jaromil, l’un de ses clients, tombe amoureux d’elle. C’est
le point de départ d’une histoire qui nous mènera jusqu’aux années 90 où Véra, la fille de Madeleine, vit des histoires d’amour aussi tourmentées que sa mère…

 

 

UNE REDITE DES CHANSONS D’AMOUR, INÉGALE MALGRÉ SA SENSIBILITÉ

 

 

Dans une ambiance pop, Ludivine Sagnier, lookée façon sixties, minaude devant la caméra et joue les pin-up en chaleur devant des garçons subjugués. Problème : la jeune actrice, qu’on
persiste à enfermer dans des rôles sensuels qui ne lui vont pas, n’est pas du tout crédible. Déjà dans La fille coupée
en deux
de Chabrol et Crime d’amour de Corneau, on lui prêtait un potentiel de séduction pourtant inexistant. Christophe Honoré se plait à filmer cette Madeleine dans des poses
lascives de poupée sexy pour maintenir son public en éveil, mais on s’ennuie ferme. De temps en temps, des chansons arrivent comme un cheveu sur la soupe entre deux parties de jambes en l’air. Et
cet épisode pénible dure au moins une demi-heure…

C’est vraiment dommage d’avoir démarré avec un début aussi catastrophique, alors que la suite s’avère beaucoup plus riche. Nous voilà dans les années 90, Madeleine (jouée désormais par Catherine
Deneuve) et Véra (Chiara Mastroiani) vivent des histoires d’amour aussi compliquées que légères. On a plaisir à voir mère et fille jouer ensemble la même partition. Milos Forman, Michel Delpech
et Louis Garrel gravitent autour de ces deux papillons volages. Les hommes du film sont touchants dans leurs rôles de mari, amant ou compagnon de route victimes de la valse des sentiments. Le
triangle amoureux entre Deneuve, Forman et Delpech est plutôt drôle. D’ailleurs, il y a une scène de confrontation entre les trois personnages assez savoureuse. Fidèle à son habitude, Christophe
Honoré multiplie les références à Jacques Demy. Dans la lignée de son père spirituel, il aborde avec légèreté des thèmes forts comme l’infidélité, la bisexualité, le sida ou le 11 septembre. Mais
n’est-ce pas là le problème majeur du film ? Un gros gloubi-boulga avec des sujets graves, des chansons, de la joie, de la mélancolie, qu’on étire de surcroît sur la longueur (2h20 quand
même !). Il faut dire que le rythme du film est très inégal et que l’on a une impression de « déjà vu » en repensant aux Chansons d’amour. Il serait peut-être temps
d’arrêter de nous remâcher cette référence appuyée aux Parapluies de Cherbourg et aux Demoiselles de Rochefort (pour rappel : on y a droit également dans La Guerre est déclarée de Valérie Donzelli). N’oublions pas que
Jacques Demy a fait de bien meilleurs films que ces deux-là (La baie des anges ou Lola). De même, on pourrait attendre autre chose de l’héritage de la Nouvelle Vague que les
récits en voix-off à la manière de Truffaut. Malgré quelques jolis moments, Les Bien Aimés n’est rien d’autre qu’une redite des Chansons d’amour décousue et
interminable. On retiendra tout de même le duo plein de tendresse formé par Catherine Deneuve et Milos Forman. 

 

 

 

Titre : Les Bien-Aimés / Pays : France/ Durée : 2h19 / Distribué par Le Pacte Sortie le 24 Août
2011