LA CURIOSITÉ DU MOIS : THIS MUST BE THE PLACE de Paolo Sorrentino (2011)

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Cheyenne, une vieille gloire du rock, vit sa retraite musicale dans une profonde léthargie. Ni sa femme, ni ses fans ne réussissent à le sortir de sa torpeur. Un jour, il apprend la mort de son père qu’il n’a pas vu depuis une trentaine d’années. Cheyenne décide alors de reprendre l’enquête menée par son patriarche pour retrouver un bourreau d’Auschwitz…

BIZARRE, TORDU, TOURMENTÉ, LE FILM RÉUSSIT POURTANT A ÊTRE AUSSI DRÔLE QU’ÉMOUVANT

Il fallait oser… Avec un pitch pareil, on pouvait s’attendre à une farce de très mauvais goût. Et pourtant, Paolo Sorrentino ne s’en sort pas si mal que ça, notamment grâce à Sean Penn qui nous gratifie d’une prestation aussi comique que déroutante. Cheyenne a tout pour être heureux. Sa belle carrière l’a mis à l’abri du besoin, il a une femme qui l’aime, et pourtant, il n’est pas heureux. Le rocker spécule en bourse avec indifférence et végète dans sa grande demeure design. Grimé comme le leader des Cure, ce Robert Smith paumé passe le temps sans réel intérêt pour la vie (on saura bientôt pourquoi). Ses seuls petits plaisirs sont ses conversations avec sa pétulante épouse (Frances McDormand) ou avec une adolescence gothique dont il partage la mélancolie. Malgré les traits de la cinquantaine, Cheyenne, n’a jamais vraiment grandi. Il est resté un éternel ado exclu et renfermé. Pas étonnant de le voir raillé au centre commercial, comme le vilain petit canard du lycée. Mais derrière le maquillage outrancier, se cache un esprit moqueur qui s’interroge sur le sens de la vie. La mort de son père sera, pour lui, l’occasion d’un périple à travers une Amérique pétrie de contradictions. Dans ce road movie lunaire, le réalisateur d’Il Divo se permet tout : le ridicule, l’excès, l’humour, la provocation, le malaise, avec un tel culot qu’on finit par adhérer. Il faut dire que les égarés que croisent Cheyenne ont quelque chose de touchant. Certes, il y a une évocation un peu dérangeante de la Shoah, car très maladroite. Mais ce n’est pas le propos du film. Même s’il est parfois confus dans son discours, le film laisse tout de même transparaître une philosophie des plus optimistes : à mesure qu’il avance, Cheyenne accepte la réalité du monde, la dépasse et peut ainsi en faire quelque chose de constructif. Emmené par la musique de David Byrne, This must be the place est un film curieux mais d’une étonnante sensibilité.


 

Titre VO : This must be the place / Pays : Italie/ Durée : 1h58/ Distribué par ARP Sélection / Sortie le 24 Août
2011 

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