TU SERAS MON FILS de Gilles Legrand (2011) Note : 7/10

 

TU SERAS MON FILS

 

Paul de Marseul s’est fait un nom dans le milieu vinicole grâce à un cépage d’exception. Sa dureté et son exigence n’épargnent personne, pas même son fils, Martin, qui l’assiste dans ses
affaires. Maladroit et mal assuré, le jeune homme ne semble pas, aux yeux de son père, avoir les épaules pour reprendre l’affaire familiale. Un jour, Philippe, un jeune négociant en vins et ami
de la famille, débarque chez les Marseuil. Martin se voit peu à peu mis à l’écart…

 

UNE LUTTE DE POUVOIR POUR UN VIN EMPOISONNÉ

 

 

Avant Tu seras mon fils, Gilles Legrand avait réalisé deux films mineurs, Malabar Princess et La jeune fille et les loups, tombés un peu aux oubliettes. Pour son
troisième long-métrage, le cinéaste nous plonge dans le monde impitoyable du vin avec une étonnante vivacité. Il faut dire que Niels Arestrup est plus vrai que nature dans son rôle de patriarche
méprisant et méprisable. Pourtant, l’homme est bien loin de la caricature du mauvais père crachant son venin à tout va. Au premier abord, les rapports entre Paul et son fils (Lorànt Deutsch) sont
plutôt froids, comme ceux qu’entretiennent un employeur et son employé. Mais derrière cette distance, se cache des relations haineuses. Paul abhorre viscéralement son fils. Par de petites phrases
assassines, des sourires en coin et des regards moqueurs, le vigneron exprime son mépris envers un garçon qu’il juge médiocre. Brimé, lynché psychologiquement, Martin accuse le coup et tente
péniblement de gagner l’estime paternelle. Mais à peine a-t-il réussi à faire ses preuves qu’un fringant golden boy lui coupe l’herbe sous le pied. Grand, beau, blond, bronzé par le soleil
californien, Philippe est, déjà physiquement, un affront fait à ce pauvre gringalet de Martin. Alors qu’il se construit une brillante carrière vinicole aux Etats-Unis, Philippe revient en France
pour rejoindre son père malade. François (Patrick Chesnais), qui fut pendant longtemps le bras droit de Paul, se meurt à petit feu.

Le film fonctionne grâce à un casting très resserré. Tout se joue entre ces quatre personnages : deux pères et deux fils animés par une rivalité indicible. Alors que les jeunes hommes
s’agitent en permanence (l’un court sans cesse tandis que l’autre gravit les échelons à vitesse grand V), une lutte silencieuse s’engage entre les pères. Egoïste et dominateur, Paul croit pouvoir
tout se permettre, comme voler un fils à son père mourrant ou remplacer un garçon faible par un enfant prodige. Face à lui, François, qui affiche la sérénité d’un homme en fin de vie, n’en est
pas moins combatif pour conserver sa dignité de père. Objet de toutes les convoitises, Philippe, personnage naïvement opportuniste, est à la fois assailli de scrupules et grisé par une ascension
fulgurante. La caméra de Gilles Legrand surplombe l’immensité des champs de vignes pour illustrer ce vertige. Pourtant, quoi qu’ils fassent, les personnages sont piégés. Une odeur de mort plane
au dessus de ce monde impitoyable. Il y a ce cépage au fumet mortifère, l’urne funéraire trônant dans la cave à vin, et surtout, Paul qui, malgré la maladie de son ami François, continue de
l’abreuver de son meilleur cru, comme pour lui mettre un premier pied dans la tombe. Seul, Martin, personnage finalement très pur dans cette histoire, saura prendre le recul nécessaire face à ce
bûcher des vanités. Le contexte vinicole est en définitive très anecdotique. Le film questionne avant tout la filiation entre un père et son fils, au-delà des liens du sang. Gilles Legrand signe
un bon film dont la réussite tient avant tout au charisme de Niels Arestrup et Patrick Chesnais. 

 

 

 

Titre : Tu seras mon fils / Pays : France/ Durée : 1h42 / Distribué par Universal Pictures / Sortie le 24
Août 2011