HABEMUS PAPAM de Nanni Moretti (2011) Note : 8/10

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Ça y est ! Le conclave a désigné le nouveau pape. Les cardinaux votants oscillent entre excitation et soulagement. Mais voilà que le nouvel élu ne se sent pas à la hauteur de la tâche. Dépression, crise de vocation, remise en question personnelle ? Toujours est-il que le nouveau souverain pontif se cache, jusqu’au jour où il disparaît…

UNE ÉCHAPPÉE BELLE, DRÔLE ET ÉMOUVANTE

Étonnamment boudé par le jury du festival de Cannes, ce nouveau film de Nanni Moretti est pourtant loin de la simple parenthèse enchantée. Le réalisateur de La chambre du fils raconte ici la remise en question d’un pape au crépuscule de sa vie. Au début, dans l’immense palais du Vatican, la caméra virevolte autour des soutanes rouges écarlates. Sous les yeux des reporters avides de pronostics, les cardinaux défilent dans la plus grande sérénité. Mais une fois les portes fermées aux caméras, la salle de votes s’emplit d’un chahut d’écoliers. Avec leurs yeux malicieux et leurs airs rigolards, les ecclésiastes semblent être restés d’éternels enfants. Et pourtant, c’est l’avenir d’un homme qui se joue. Effrayés par la responsabilité qu’implique le rôle de souverain pontif, les cardinaux désignent un seul et même homme. Dans les yeux de l’élu, on voit déjà l’ampleur du fardeau. L’angoisse le saisit au point qu’il refuse de se montrer au public. A peine élu, le personnage est déjà piégé dans sa prison dorée. Et le psychanalyste expressément diligenté pour comprendre sa torpeur n’y fera rien. Quand le thérapeute, joué par Nanni Moretti, met pied au Vatican, il est désormais emprisonné comme peut l’être le pape. Privé de téléphone et interdit de quitter les lieux, il ne pourra pas non plus travailler dans des conditions normales. Impossible pour lui d’obtenir le moindre élément personnel permettant une analyse introspective du personnage. Le spectateur lui-même se sentira oppressé par cette culture du secret qui tient les murs du Vatican. Étouffé par la pression cléricale et populaire, le nouveau pape s’octroie une pause, suspend le temps, pour comprendre réellement ses envies. Une fugue nécessaire où chacun reconnaîtra son propre questionnement existentiel. Michel Piccoli est particulièrement émouvant dans ce rôle de vieil homme jetant un dernier regard sur ses ambitions passées. Lorsque l’homme évoque avec émoi son ancienne carrière d’acteur, on a l’impression d’entendre Piccoli lui-même raconter avec nostalgie ses souvenirs de cinéma. Pendant la remise en cause papale, les cardinaux désoeuvrés passent le temps en jouant au volleyball. Voilà le Vatican transformé en une immense cours de récré sous l’impulsion d’un psychanalyste aux allures de clown. Bien sûr, ceux qui s’attendaient à une critique acerbe du Vatican, vont être très déçus. Évitant soigneusement la charge anticléricale, Nanni Moretti préfère, avec cette échappée belle, interroger les choix de toute une vie. 

Titre VO : Habemus Papam/ Pays : Italie/ Durée : 1h42 / Distribué par Le Pacte / Sortie le 7 septembre 2011

 
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