LES HOMMES LIBRES d’Ismael Ferroukhi (2011)

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J’aurais voulu aimer ce film… Avec son sujet (des résistants algériens protégeant des juifs sous l’Occupation) et ses grands acteurs, Tahar Rahim (révélé dans Un prophète) et Michael Lonsdale, qu’on ne présente plus, le film s’annonçait grandiose. Ajoutez à cela, une bande-annonce accrocheuse et me voilà déjà dans la salle de cinéma la plus proche, en attente d’un chef d’œuvre. Mais au lieu de cela, j’ai vu une fiction historique mollassonne et mal jouée. Cela parait incroyable mais c’est vrai : Tahar Rahim et Michael Lonsdale ont joué faux tout le temps, comme s’ils n’étaient pas convaincus par leurs rôles. La faute, sans doute, à une direction d’acteurs faiblarde. Ainsi, comment expliquer les hésitations et les flottements dans les répliques de Michael Lonsdale ? Dans le rôle de Si Kaddour Ben Ghabrit, le recteur de la Mosquée de Paris, personnage qui a réellement existé, Lonsdale est fade et étonnamment peu crédible. Quant à Tahar Rahim, dont on suivait avec fascination l’ascension carcérale dans Un prophète, il passe de la délation à la résistance avec la même candeur agaçante. Malheureusement, on se rend alors compte des limites qu’a l’acteur à nous émouvoir quand il est mal dirigé. Et puis, il y a Lubna Azabal… Autant le dire, je n’aime pas du tout son jeu monolithique, à la base (un bel exemple dans Incendies). Et là, c’est pire que tout car son personnage de résistante est beaucoup trop creux. Mais peut-on seulement blâmer les acteurs ?

UNE MAUVAISE DIRECTION D’ACTEURS ET DES MALADRESSES DE SCÉNARIO MALGRÉ DE BONNES INTENTIONS


Le scénario inabouti et inconsistant a eu parfois raison de ma patience. Combien de fois ai-je levé les yeux au ciel en voyant Younes (Tahar Rahim) tenter maladroitement de draguer Leila (Lubna Azabal) à la manière des années 2000 : « Et sinon tu lis quoi là ? Ça a l’air bien… ». D’ailleurs les personnages ne font même pas semblant d’être en 1942. Les policiers collabos parlent à la vitesse du XXIème siècle et le major allemand agit avec une bonhomie et une familiarité bien trop française. La structure de l’histoire ne convient pas non plus car elle est découpée en épisodes et que certaines intrigues ne sont pas bouclées. Younes, qui était encore quelques minutes avant un délateur, accepte de cacher des enfants juifs à la mosquée. Puis, on ne revoit plus ces bambins de toute l’histoire, jusqu’à une fuite clandestine sur une péniche. De même, quand Leïla est arrêtée, le jeune homme ne tentera même pas une action de délivrance avec la Résistance. Enfin, pire que tout : cette ellipse monumentale entre un meurtre en pleine rue et la Libération en 44, sans que l’on comprenne ce qu’il s’est passé pour Younes pendant tout ce laps de temps. Dommage également d’avoir suggéré l’homosexualité de manière aussi sommaire (un garçon sortant d’une chambre) sans plus développer. Dans Les hommes libres, tout est compilé comme une sorte de best of historique. On peut malgré tout louer la performance de Mahmud Shalaby qui joue le chanteur Salim. Personnage lumineux, aux yeux bleu azur, son enthousiasme et ses espoirs nous offre l’émotion qui manque cruellement chez les autres. Enfin, il y a la superbe musique d’Ibrahim Maalouf dont la trompette envoûtante m’a, quelques instants, fait oublier les maladresses du film.

Titre : Les Hommes Libres / Pays : France / Durée : 1h39 / Distribué par Pyramide Distribution / Sortie le 28 Septembre 

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