DE BON MATIN de Jean-Marc Moutout (2011)

 

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Comme tous les matins, Paul Wertret, se lève, met son complet gris, embrasse sa femme et va travailler à la banque. Presque comme d’habitude. « Presque » car lorsqu’il arrive au bureau, il sort
un révolver et tire sur ses deux supérieurs.

 

L’AUTOPSIE D’UN HOMME BROYÉ PAR SON ENTREPRISE

 

Après le glaçant Violence des échanges en milieu tempéré (2004), Jean-Marc Moutout ausculte une nouvelle fois au scalpel les rapports humains en entreprise. Tirée d’un fait divers qui
eut lieu dans une banque suisse en 2004, cette histoire d’un employé de banque ordinaire surprend, questionne, et, forcément, nous révolte. Le film raconte la déshumanisation progressive d’un
homme perdant peu à peu toute considération, jusqu’à plonger dans une neurasthénie à l’issue fatale. Juste après sa tuerie, Paul se remémore tous les moments terribles qui l’ont fait basculer.
Dans ses souvenirs, on découvre un homme comblé par sa vie de famille mais minutieusement détruit par sa sphère professionnelle. Dans un univers froid, des employés habillés en noir, comme pour
un enterrement, pansent les plaies d’une banque malade. Au début, il s’agit pour Paul et ses collègues de surmonter la crise des subprimes, de rassurer le client et de réinstaurer une confiance
qui s’effrite. Il faut serrer les rangs autour de la banque tel que le ferait une grande famille. Mais très vite, la culture d’entreprise se révèle un leurre. Les plus investis deviennent
soudainement des maillons faibles, comme si la machine sociale refusait le moindre témoignage d’affection. Car, c’est bien d’affect qu’il s’agit. Malgré une distanciation affichée, Paul se révèle
trop impliqué, trop sensible à toutes les marques de désintérêt que lui adresse son entreprise (réunion déplacée sans qu’il soit prévenu, tutoiement agressif, dossiers importants donnés à un
autre, placardisation…). Par petite touche, l’homme est mis à l’écart sans raison particulière. C’est juste un jeu malsain où il faut désigner une tête de turc. Malgré ses tentatives de révolte,
Paul est bien seul, acculé par le rendement, le culte du jeunisme et la dictature de la performance. Ni sa famille, ni ses amis ne perçoivent l’imminence de ses appels au-secours. Ces
collègues ne lèveront pas non plus le petit doigt, cachés derrière des ordinateurs qui leur servent de boucliers émotionnels. Subissant la violence des mots, plus que celle des images, Paul,
sous ses faux airs d’homme impénétrable, explose. Le film dévoile alors ses failles, ses doutes et son humanité. Jean-Pierre Darroussin est impeccable dans ce rôle grave et habité, tandis que
Xavier Beauvois (réalisateur de Des hommes et des
Dieux
) est le patron qu’on rêve d’étriper. Grâce à ces interprétations intenses, le réalisateur installe une ambiance froide, inhumaine, presque irréelle, et pourtant si authentique.
Alors que France Télécom et Renault ont été touchés par de récentes affaires de suicide, Jean-Marc Moutout n’a pas fini de faire mouche avec ses films sans concessions. Le réalisateur dessine ici
les contours d’un cinéma engagé qu’on aimerait voir plus largement se développer.

 

 

 

Article écrit le 17 Juillet 2011    

 

De bon matin / Pays : France / Durée : 1h31/ Distribué
par Les films du Losange /Sortie le 5 Octobre 2011