THE THING de Matthijs van Heijningen Jr (2011)

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Antarctique, 1982. Kate Lloyd, une paléontologue américaine, rejoint une équipe de scientifiques norvégiens sur les lieux d’une découverte exceptionnelle. Un vaisseau à l’origine indéterminée est enfoui sous une cavité glaciaire. Les chercheurs ont également mis la main sur une créature extraterrestre inerte et piégée dans un bloc de glace. En décongelant le spécimen, le groupe ne sait pas encore qu’il vient de libérer un monstre capable de répliquer à la perfection toute forme de vie humaine… Cet épisode a lieu quelques jours avant les tragiques évènements vécus par l’équipe américaine du film de John Carpenter.

UN PREQUEL-REMAKE QUI REJOUE LES SCENES DE CARPENTER SANS ORIGINALITÉ

N’était-ce pas déjà se tirer une balle dans le pied que d’envisager un prequel à The Thing ? Pourquoi un prequel, d’ailleurs, et pas un remake ? Sans doute pour donner l’impression que le film ne sera pas juste une pâle copie de l’original. Mais derrière ce soi-disant prélude, il n’y a rien d’autre qu’une redite de ce qu’on avait déjà vu chez John Carpenter. Tiré, comme ses prédécesseurs, du recueil de nouvelles Who goes there ? de John W. Campbell (le livre ayant également inspiré La chose d’un autre monde de Christian Nyby en 1951), cette version signée par un jeune réalisateur néerlandais semble avoir pour ambition de réactualiser le mythique film de Carpenter, tout en lui rendant hommage. Mais Matthijs van Heijningen Jr a visiblement oublié bien vite la critique sociale cachée derrière tous les films du maître. Plus que le monstre venu d’ailleurs, c’était la solitude, l’isolement et l’aliénation qui menaçaient la vie humaine, dans le film de 1982. On se souvient de tous ces moments où les personnages tentaient de tromper l’ennui comme ils pouvaient (jeu d’échecs face à un ordinateur, vaine recherche d’une fréquence radio ouvrant vers l’extérieur, beuverie solitaire…). Comme si, malgré la vie en communauté, chacun vivait seul dans son propre monde. L’un des médecins, prenant conscience du danger qui planait au dessus du groupe, préférait se barricader et se laisser ronger par la folie, plutôt que de mettre en garde ses co-équipiers et lutter avec eux. De même, Carpenter avait installé, grâce à la musique d’Ennio Morricone, une tension permanente, une paranoïa qui pourrissait toutes les relations entre les hommes. Derrière tout ceci, se révélaient un fort individualisme et une autoprotection instinctive menant fatalement les personnages à se tuer les uns, les autres.

Dans The Thing version 2011, le scénario de Carpenter a été vidé de sa substance. Dans des habits proprets, des scientifiques belles gueules découpent un alien bien lisse : pas de gouttes de sang, ni d’entrailles qui dépassent. Les personnages s’entretuent sans aucun regret pour les êtres humains qu’ils ont pu être avant. Bien sûr, il y a de bons effets spéciaux qui donnent un vrai coup de vieux aux monstres en caoutchouc de Carpenter. Mais difficile de réellement se faire peur avec un film qui rejoue mécaniquement les scènes découvertes 29 ans plus tôt (du test pour détecter l’intrus à l’incendie du labo, tout est une variante de ce qu’on connaissait déjà). Heijningen va jusqu’à prendre un acteur ressemblant physiquement à Kurt Russell pour jouer le même rôle. Et tout ça pour quoi ? Peut-être par ce que les jeunes générations ne supporteraient pas de voir les effets spéciaux bricolés des années 80 et encore moins qu’il y ait un propos derrière un film de genre. Il est terrible de constater qu’aujourd’hui le cinéma est plus cloisonné qu’avant. Soit les films sont étiquetés « auteur » dès qu’ils ont le moindre fond de réflexion, soit ils ont un bandeau « divertissement ». The Thing 2011 a choisi son camp, sans jamais tenter d’être autre chose.

Titre VO : The Thing / Pays : USA-Canada/ Durée : 1h43/ Distribué par Universal Pictures/ Interdit aux – 12 ans/Sortie le 12 Octobre 2011

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