LA DÉCOUVERTE DU MOIS : HORS-SATAN de Bruno Dumont (2011)

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Dans une petite bourgade située sur la Côte d’Opale, un vagabond exécute un fermier à la demande d’une jeune fille. Plus tard, l’homme est appelé à l’aide pour exorciser une adolescente possédée. Le reste du temps, « le gars » prie, genoux à terre, face au soleil…

AUSTÈRE, ÉTRANGE, ABSCONS, LE FILM FASCINE AUTANT QU’IL DÉCONCERTE

Film curieux, difficile et parfois confus, Hors-Satan aura vite fait de rebuter rien qu’à la vue de sa bande-annonce. Le nouveau film de Bruno Dumont n’est certes pas très accessible, mais il mérite mieux qu’une critique à charge concernant son hermétisme. Après Hadewijch où il questionnait la foi, Dumont pousse encore plus loin l’exploration du fanatisme à travers un personnage dont on ne sait s’il est guérisseur, exorciste, manipulateur ou démon. Étrange d’ailleurs de conférer des pouvoirs mystiques à un SDF, comme si l’idole d’aujourd’hui ne pouvait être qu’un marginal, pour signifier le chaos. Avec sa gueule cassée et son visage très marqué, le « gars » pourchasse le Mal tel un ange exterminateur. Humain ou pas, réel ou imaginaire, l’homme, taciturne, garde pour lui ses motivations. Interprété par David Dewaele, qui apparaissait déjà dans Flandres et Hadewijch, le personnage affiche un mélange de détachement et de timidité qui intrigue. Traînant sa mine de rocker fatigué, il nous plonge dans son mystère sans jamais nous en donner la clé. Face à lui, une jeune fille, gothique et asexuée, présente le visage de la pureté et de l’innocence. Entre ces deux protagonistes, se noue une relation fusionnelle qui transcende la parole. Bruno Dumont a une manière très particulière de filmer ses deux héros. Il les suit au plus près, les irradie de lumière et leur crée une aura divine. Un gros plan sur le visage de la jeune fille rappelle très fortement La passion de Jeanne d’Arc de Carl Dreyer. Dumont joue beaucoup sur la luminosité et se rapproche de l’expressionnisme des années 20. Mais problème : le film tourne en rond. Il faut dire que le quotidien de tous les personnages est marqué par l’ennui et la contemplation infinie. Le cinéaste filme avec fascination les dunes de la Côte d’Opale. Mais derrière l’esthétisme pictural, le discours est brouillon, inachevé. Et surtout, il y a cette exploration paysanne à double tranchant, ici plus que dans ses autres films. Volontaire ou non, la mise en scène de la campagne est l’occasion de montrer des esprits limités, un abrutissement constant et une population décervelée. Du coup, Hors-Satan finit par être rédhibitoire, notamment quand il laisse parler ses acteurs, à l’image d’une randonneuse nymphomane et forcément ridicule. C’est là que le film tourne à la farce alors même qu’il avait réussi à charmer.

Titre : Hors-satan / Pays : France / Durée : 1h49 / Distribué par Pyramide distribution /Sortie le 19 Octobre 2011

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