APRES LE SUD de Jean-Jacques Jauffret (2011)

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Dans une ville du Sud, une jeune caissière, sa mère obèse, son petit ami et son voisin retraité, se croisent dans un quotidien fait de frustrations, de souffrances et de petites humiliations. Mais un jour, ces laissés pour compte vont se retrouver autour d’un même drame…

UN PREMIER FILM MALADROIT, MAIS UN RÉALISATEUR À SUIVRE

Jean-Jacques Jauffret fut l’assistant-réalisateur de plusieurs cinéastes parmi lesquels Jean-Claude Biette et Cyril Collard, à qui il dédie ce premier film. Etonnamment, son expérience de cinéma ne lui a pas permis d’éviter la candeur du débutant. Autour de ses quatre personnages, Jauffret construit une narration sur un principe largement éculé : la multiplicité des points de vue face à une même action. De Rashômon à Elephant, en passant par Pulp Fiction, 21 grammes, Collision et Little New York, les scénaristes ont usé et abusé de ce procédé. Dans Après le Sud, les quatre protagonistes  se croisent et s’ignorent dans des scènes anodines, avant le fameux drame final. Mais voir Amélie la caissière (Adèle Haenel qu’on a récemment vue dans L’Apollonide) s’engueuler avec son petit ami au supermarché, pendant que le voisin est arrêté par les vigiles, n’apporte rien à la scène. Jamais les croisements successifs des personnages entre eux ne préfigurent quelque chose. Cette narration plurielle ne sert qu’à combler l’attente, faire patienter avant un dénouement attendu, jouer d’un artifice à défaut d’argumenter un propos. De même, entendre la mère de la jeune fille laisser un message sur un répondeur, voir à quel moment celui-ci est laissé, puis entendu, n’est que la répétition d’une action vide de sens en attendant la chute.

Le film se veut dénonciateur de toutes les petites humiliations quotidiennes, mais il n’arrive pas vraiment à nous en persuader. Par exemple, Amélie est gentiment rabrouée par une cliente car elle ferme sa caisse trop tôt. Dans cette scène, on attendrait plutôt de l’agressivité pour montrer le peu de considération à laquelle la jeune fille a droit. Quant à la mère, qui court se faire liposucer, elle ne semble jamais réellement souffrir de son obésité. D’ailleurs, on ne verra personne se permettre la moindre réflexion méprisante. Alors comment croire à un mal-être ? Seul le vieil homme, exagérément humilié par des vigiles suite à un vol, confirme la cruauté humaine, la bêtise, la lâcheté. Lui seul justifie le film, alors même que Jean-Jacques Jauffret s’éternise trop longuement sur l’amourette entre Amélie et son petit ami Luigi. Il y a quelque chose d’un peu gêné dans la réalisation. Certes, le cinéaste pose un regard accablé et intéressant sur les corps : il filme la chair qui s’amasse (sur la mère) et qui vieillit (sur le retraité). Mais il ne s’y attarde pas, préfèrant contempler la jeunesse. Malgré ses intentions, le film manque de ces petits trucs qui nous révoltent et font monter la tension jusqu’à l’explosion finale. Pourtant, Jean-Jacques Jauffret a le talent de ceux qui filment avec réalisme et âpreté. Ainsi, Après le Sud n’acquiert sa puissance qu’à la toute fin : quand il se déleste de son maniérisme scolaire et qu’il se laisse aller à un coup de poing rageur.

Après le Sud / Pays : France / Durée : 1h32 / Distribué par Jour2fête /Sortie le 12 Octobre 2011

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