CONTAGION de Steven Soderbergh (2011) Note : 7/10

CONTAGION.jpg

Difficile de ne pas se laver les mains après avoir vu Contagion, tant le film se délecte de notre paranoïa des microbes. Surfant sur les épidémies sanitaires qui nous ont autant passionnés que terrorisés (SRAS, grippe aviaire), Steven Soderbergh fait le récit méthodique d’une contamination. Aux Etats-Unis, une femme (Gwyneth Paltrow) décède juste après un voyage d’affaire à Hong-Kong. Rapidement, les cas similaires se multiplient dans le monde entier. Les symptômes sont ceux d’un simple rhume : fièvre, toux et éternuements. Mais le virus propagé se révèle résistant à tout traitement médical. Pendant que les enquêteurs scientifiques tentent de retracer le parcours du patient zéro, les autorités politiques gèrent la communication autour de l’épidémie.

Nous laissant croire à un exposé sur le traitement d’une pandémie, Steven Soderbergh se plait à brouiller les pistes d’un film catastrophe trop balisé. Rien d’étonnant de la part d’un cinéaste qui a, durant sa carrière, constamment oscillé entre films commerciaux aux castings de luxe (Erich Brochovich, Traffic, Ocean’s Eleven), et expérimentations cinématographiques (A fleur de peau, Che, The good germanThe Informant). Pourtant, derrière cette inconstance, se profile toujours la même ambition : prendre le pouls de la société américaine. Visiblement arrivé au bout de son art, Soderbergh a annoncé récemment vouloir arrêter le cinéma pour se consacrer à la peinture. Contagion est donc l’un de ses derniers opus, et surtout l’occasion de s’en donner à cœur joie. Avec ses stars foudroyées, autopsiées ou kidnappées, le film a tout d’un exutoire hollywoodien pour le réalisateur. D’ailleurs, Soderbergh ne s’attache pas à ses têtes d’affiche, préférant s’en servir pour mettre en lumière les maux d’aujourd’hui. Ainsi, pendant que Gwyneth Paltrow tue deux, quatre, seize, puis des milliers d’individus par ses reniflements mondialisés, Marion Cotillard jette un regard soupçonneux et anti-compassionnel sur les victimes asiatiques. Quant à Laurence Fishburne, il entretient la rivalité des laboratoires, alors même que Kate Winslet, son assistante, risque sa santé sur le terrain. Et nous, spectateurs inquiets, regardons la bactérie invisible proliférer sur les poignées de porte, barres de métro, téléphones et autres objets du quotidien, dans une succession d’images qui titillent notre hypocondrie.

Mais Contagion ne raconte pas seulement la réalité d’une épidémie. Ecartant d’emblée tout le pathos inhérent au drame, Steven Soderbergh préfère s’atteler à l’analyse de notre société, entre mondialisation et hyper communication. Le film sera donc le récit d’un mouvement : celui d’une mécanique de l’emballement, allant toujours plus vite que le virus lui-même. Ainsi, avant même la proclamation de l’épidémie, la rumeur avait déjà tout balayé sur son passage. Par un rythme haletant et des dialogues incisifs, le cinéaste illustre une réalité qui nous échappe et un monde malade de sa vitesse. En vecteur de ce malaise, Internet nous enrobe de son flot d’informations et de désinformations. Et le personnage du blogueur, interprété par Jude Law, incarne parfaitement cette complexité. Militant de la transparence absolue, cyber-reporter à la recherche du scoop, théoricien virtuel d’un complot mondial, l’homme n’a pas de mal à s’ériger en nouveau prophète de l’humanité. Face à des populations égarées et des spéculateurs en quête d’un nouveau gourou, l’illuminé cultive la peur, en distillant bons et mauvais conseils. La peur. Ne serait-ce pas cela le véritable fléau du film ? Lorsque l’on voit à quelle vitesse les villes occidentales se muent en déserts post-apocalyptiques, on peut s’interroger. Pulvérisant tout ce qui l’entoure, la tornade sanitaire et médiatique laisse derrière elle le chaos de nos sociétés déshumanisées. C’est là que le film prend des airs de cinéma futuriste. Les personnages regardent, hébétés, ce spectacle de désolation, alors que le temps semble s’être arrêté. On pense alors au Survivant de Boris Sagal ou encore aux Fils de l’homme d’Alfonso Cuarón, qui assénaient leur pessimisme en éradiquant l’humanité. Mais bientôt, Contagion reprend sa course folle de film catastrophe à l’héroïsme hollywoodien. Car malgré son traitement radical et son réalisme documentaire, Contagion n’est pas totalement dénué d’émotion. Matt Damon, en père de famille protecteur, et Jennifer Ehle, en scientifique dévouée, représentent les maillons d’une chaîne de solidarité humaine et l’espoir d’une société pas complètement rongée par un individualisme dévastateur. Avec ce film à la réalisation soignée, Steven Soderbergh confirme sa maîtrise d’un cinéma en prise avec son époque.

Article écrit le 20 octobre 2011

Titre VO : Contagion/ Pays : USA/ Durée : 1h43/ Distribué par Warner Bros/Sortie le 9 Novembre 2011

Publicités