L’ORDRE ET LA MORALE de Mathieu Kassovitz (2011) Note : 7/10

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En Nouvelle Calédonie, sur l’île d’Ouvéa, trente gendarmes sont pris en otage par des indépendantistes Kanak. Alors que la France déploie un contingent de 300 militaires pour gérer la crise, le capitaine Philippe Legorjus, à la tête du GIGN, tente une médiation avec les ravisseurs. L’affaire est loin d’être anecdotique car en ce mois d’avril 1988, les politiques de la métropole s’agitent entre cohabitation tumultueuse et campagne de réélection à la présidentielle…

UNE MISE EN SCENE RADICALE AU SERVICE D’UN BRÛLOT POLITIQUE

Inspiré du livre autobiographique de Philippe Legorjus, La morale et l’action, le nouveau film de Mathieu Kassovitz peut surprendre au premier abord. Le cinéaste, qui endosse le rôle du médiateur, nous introduit dans un univers ultra codifié, à la rythmique mécanique. Le film évoque les faits avec une tonalité abrupte et une réalisation qui peut sembler trop formelle au départ. Dans une Nouvelle Calédonie en plein chaos, le capitaine Legorjus revient, en voix off, sur les évènements qui ont mené au drame. Le ton froid, presque détaché, mais surtout désabusé, qu’emploie le personnage, déroute inévitablement. Il faut dire que les autres officiers qui l’entourent ont l’air eux-mêmes totalement désincarnés. Mais l’on comprendra très vite que cette sensation désagréable témoigne de la rigidité militaire. A la différence de sa hiérarchie, le personnage de Legorjus apparaît comme un pacifiste, un cérébral qui anticipe les conflits et évite le choix des armes. Mais cette fois, l’homme a échoué. Ici, le capitaine nous racontera donc l’inutilité de son action face à la révolte kanak : comment les fusils, la violence et l’inhumanité ont remplacé le dialogue. Si les militaires considèrent les indépendantistes comme des sauvages, ceux-ci voient la présence de l’armée comme une ingérence colonialiste. Le premier contact avec les rebelles est difficile, mais Legorjus persiste. A mesure que le médiateur s’enfonce dans la jungle et s’ouvre à la parole des rebelles, le film prend de l’ampleur. Le discours des kanaks devient audible, alors même que les grognements des soldats les renvoient à des comportements primaires. Kassovitz joue intelligemment avec les mots en les employant comme des armes. Quand les kanaks énoncent leurs revendications, le discours se fait quasiment littéraire, comme une ode à la révolution. A l’inverse, les hauts gradés, et même le ministre des Dom Tom de l’époque dépéché sur place (Bernard Pons), s’embourbent dans un flot de paroles incessant. Et puis, il y a ces monstres politiques insaisissables, planqués à Matignon et à l’Elysée, ayant droit de vie et de mort sur les acteurs de cette farce calédonienne. Bien loin du terrain, les hommes de pouvoir ne voient en l’affaire qu’une opportunité présidentielle. Et Legorjus comprend bien trop tard qu’il n’est qu’un pion sur un échiquier sanglant. La scène de flash-back au cœur même de l’attaque de la gendarmerie, puis l’assaut final filmé avec réalisme, confirment cette impression d’un personnage dépassé par ce qui ressemble de plus en plus à une guerre civile. Ni droite, ni gauche n’est épargnée dans cette oeuvre violemment politique. Dénonçant des ambitions personnelles au détriment de l’humain, le film assène sa morale implacable et son jugement sans concession. Une claque !

Article écrit le 28 Septembre 2011

Titre : L’Ordre et la Morale/ Pays : France/ Durée : 2h16 / Distribué par UGC Distribution/ Sortie le 16 Novembre 

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