THE LADY de Luc Besson (2011)

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Bien loin de l’intensité des débuts (Le grand bleu, Nikita, Léon), Luc Besson s’est forgé, en une vingtaine d’années, une image de cinéaste industriel. Montage haché, scénarios simplistes et acteurs bankables en tête de gondole, sont les ingrédients d’une soupe cinématographique immangeable, pourtant réclamée par le public à coup de millions d’entrées en salles (Le cinquième élément, Jeanne d’Arc, Arthur et les Minimoys). La création de sa machine à blockbusters, EuropaCorp, en 1999, fut l’occasion d’imposer une franchise Luc Besson, en produisant des films bulldozers qui asphyxient la distribution du cinéma indépendant. A son actif de producteur, on trouve des daubes en série comme Taxi de Gérard Krawczyk (l’épisode 5 est prévu pour 2012) ou Le Transporteur avec Jason Statham (1,2 & 3), des one-shot hollywoodiens signés par des français inconnus (HitmanTaken, Colombiana) et un tas des titres programmés pour réussir : Ne le dis à personne et Les petits mouchoirs de Guillaume Canet, Quand j’étais chanteur avec Gérard Depardieu ou Home de Yann Arthus-Bertrand. Mais EuropaCorp, c’est également la distribution de films plus ou moins grand public comme The Tree of life de Terrence Malick dont la rareté fait l’évènement.

Nouveau produit sorti de l’usine ? The Lady, un biopic politique que l’actrice malaisienne Michelle Yeoh est allée proposer à Luc Besson (pourquoi lui ?). Visiblement ému par le projet et par l’idée de jouer les cinéastes engagés, Besson accepte de s’y coller. Mais difficile pour lui de se départir de son style expéditif et tape à l’œil. Ainsi, tente t-il péniblement de raconter le combat de Aung San Suu Kyi, militante birmane non violente qui s’attaqua dans les années 90 à la dictature de son pays. Quittant sa vie de famille en Angleterre pour devenir leader d’un mouvement démocratique, elle est élue aux élections nationales avant d’être assignée à résidence par la junte militaire. La situation dure douze ans. Elle ne sera libérée qu’en novembre 2010. Pour retracer le parcours de celle qui reçut le Prix Nobel de la paix en 1991, Luc Besson croise la vie privée et la vie publique de son héroïne. Mais il traite du sujet avec le détachement propre à un film d’action. Ainsi, nous ne découvrirons Aung San Suu Kyi qu’en surface, d’une scène à l’autre, sans jamais pénétrer le personnage. Le montage, particulièrement succinct, ne permet pas de cerner sa personnalité ou de comprendre ses choix. Par exemple, dans une première scène, lorsqu’un groupe d’universitaires lui demandent de prendre les rennes du mouvement alors qu’elle n’est  qu’une femme au foyer, la scène suivante, elle fait déjà un discours devant un million de personnes. Entre les deux, il n’y a aucune étape décisionnaire, aucun échange avec son mari et ses enfants, aucune remise en question. De même, quand Aung San Suu Kyi quitte l’Angleterre pour rejoindre sa mère mourante, Besson ne filme jamais de lien affectif entre les deux femmes. Plus tard, le mari sera confronté au décès d’un parent de façon aussi mécanique. Chaque fois les évènements s’enchaînent telle une récitation. Il manque systématiquement un lien, une humanité qui devrait pourtant surgir avec évidence, une émotion qui nous ferait sortir de la simple bio Wikipedia. Se reposant sur la notoriété réelle de Aung San Suu Kyi, Besson ne prend pas le temps de construire l’intériorité de son héroïne et de laisser respirer son film. Etrangement,  il n’y a aucun lien relationnel entre les membres de la famille, alors que l’histoire est basée sur la vie de couple brisée de la militante et de son mari anglais, Michael Aris. Par conséquent, les acteurs Michelle Yeoh et David Thewlis ne sont jamais justes, comme s’ils ne savaient pas quel ton adopter.

Tout est trop distant, trop lisse et cela se confirme visuellement. Compassé au filtre jaune éclatant, soumis au dictat des belles images et à la pression musicale d’Eric Serra, le film a des allures de spot publicitaire pour gel douche aux fleurs exotiques. Insupportable contraste quand on sait le sérieux qu’exige un tel sujet. N’oublions pas qu’étudiants, intellectuels et population sont, à l’époque, torturés et massacrés en Birmanie pendant leur lutte démocratique. Comment peut-on donc oser faire du grand spectacle, ralentis prétentieux aidant, pour raconter les exécutions sommaires ? On se dit que Luc Besson n’a décidément rien compris au cinéma. Il a fait illusion pendant un temps, mais avec son gadget engagé, il confirme son incapacité à produire une véritable œuvre cinématographique. Alors qu’un sujet pareil devrait forcément susciter l’adhésion, on se surprend à rejeter en bloc cette histoire mal apprise. Pourtant, le succès du film est inéluctable. Soutenu par Amnesty International, qui y voit l’opportunité de sensibiliser un large public aux droits de l’homme, The Lady est un film qu’il faudra obligatoirement aimer.

Titre : The Lady/ Pays : France/ Durée : 2h07/ Distribué par EuropasCorp /Sortie le 30 Novembre 2011

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