LES REVOLTES DE L’ILE DU DIABLE de Marius Holst (2011)

LES REVOLTES DE L'ILE DU DIABLE

En 1915, sur l’île de Bastøy, en Norvège, une maison de correction accueille deux nouveaux pensionnaires : Erling, un jeune marin retors à l’autorité, et Ivar, un garçon frêle et timide. Alors que l’un s’oppose à chaque instant à la discipline de l’institution, l’autre s’attire les faveurs d’un étrange professeur…

UNE ILE AUX ALLURES DE TITANIC

Jamais une révolte ne se sera faite autant attendre. Car, oui, il y aura bel et bien une révolte dans ce camp de redressement où brimades et frustrations font partie du quotidien. Le tout est de savoir quand. Quel moment, quelle humiliation, déclenchera la mutinerie. Dans cet établissement pour mineurs, qui a réellement existé, les garçons ne sont plus des êtres humains, mais des numéros (C1, C15, C19…) assignés à des travaux forcés. A mi- chemin entre la pension et la prison, Bastøy est un lieu très ambigu. L’hiver, recouvrant l’île de glace, enferme définitivement ses occupants dans une atmosphère terrible et tragique. A l’image d’Erling le marin, tout rappelle la galère d’un navire au bord du naufrage. Aidé par la composition excellente des jeunes acteurs, le réalisateur norvégien Marius Holst crée une tension grandissante en jouant aux montagnes russes avec la colère de ses personnages. Impulsif et enragé, Erling est comme un lion en cage. Toute situation est prétexte à l’affrontement. Mais chaque fois, la pression retombe pour mieux remonter l’instant suivant. Continuellement, le film joue une valse entre colère et apaisement, suscitant notre propre excitation. La froideur et l’impassibilité du directeur (joué par l’acteur Stellan Skarsgard, qu’on a vu dans Les fantômes de Goya ou dernièrement dans Melancholia), capitaine de ce bateau ivre, amplifie le besoin de tout faire exploser. A l’opposé d’Erling, il y a Ivar qui, tel un jeune mousse, se soumet aux règles avec obéissance. Il est l’image même de l’innocence et de la naïveté. Ainsi, sera-t-il la victime désignée de ses camarades et de la faiblesse des adultes. Comme si tout dévouement aveugle ne pouvait recevoir qu’une sanction comme récompense. Entre les figures du faible et du fort, nous découvrons Olav, un détenu de longue durée, bientôt proche de la sortie. Visiblement rééduqué pour réintégrer le monde, le jeune homme prend tous les évènements liés à Bastøy avec philosophie, mais également un certain cynique. L’un de ces trois personnages sera celui par qui le scandale arrive. Mais lequel ? Chacun des garçons se révèle bien différent de l’image qu’il donne et la révolution semble pouvoir surgir de toute part. Et cette sédition qui prend des airs de Titanic, rappelle bien justement que la haine attise la haine, même chez le plus doux des agneaux. Déshumanisés, réduits à l’l’image de sauvages, ces garçons n’ont d’autre choix que la violence pour se faire entendre. Un retour de bâton terrifiant pour quiconque voit l’éducation comme un dressage.

Titre VO : Kongen av Bastøy/ Pays : Norvège/ Durée : 1h55/ Distribué par Les Films du Losange /Sortie le 23 Novembre 2011

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