KILLING FIELDS de Ami Canaan Mann (2011)

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La ville de Texas City est en émoi depuis la découverte du corps d’une jeune femme en pleine rue. Les inspecteurs Brian Heigh et Mike Souder mènent l’enquête. L’un, originaire de New York, est un flic consciencieux qui s’implique parfois trop dans ce genre d’affaires. L’autre, enfant du pays, porte un regard désabusé et méprisant sur la population locale. Sur leur route, ils croisent souvent Ann, une gamine qui vagabonde pour échapper à un quotidien sordide. Lorsque celle-ci disparaît, les deux hommes décident de s’aventurer dans une zone sauvage nommée Killing Fields.

UN THRILLER QUI PIÉTINNE DANS LE BAYOU

« Michael Mann présente »… le film de sa fille, Ami Canaan Mann. Mais n’ayons pas d’a priori,  la progéniture du cinéaste n’a peut-être pas hérité du style tape à l’œil de son père. D’accord, il a fait quelques bons films comme Révélations ou Collatéral. Mais comment oublier la longueur prétentieuse de Heat (thriller testostéroné à la Oliver Stone) ou Ali (biopic sympathiquement insignifiant) ? Et surtout, difficile de pardonner ses deux derniers faux pas : Miami Vice et Public Ennemies, deux séries B grimées en grands spectacles. Mais revenons à la fille. Chez Ami Canaan Mann, il y a de toute évidence un style, une ambiance ténébreuse qu’elle réussit à installer à coup de caméra aérienne, survolant le bayou. Alors on se fond dans le décor et l’on observe tous ces autochtones texans rongés par on ne sait quel vice. Seulement voilà : une atmosphère ne fait pas un film. Et très vite, Killing Fields gâche de la pellicule à force de se chercher une identité visuelle. Recherche esthétique inutile car cette Amérique embrumée et dangereuse, on l’a déjà vue avant. Grâce à Tommy Lee Jones qui nous y emmenait Dans la brume électrique de Bertrand Tavernier, tourné en Louisiane il y a à peine trois ans. Surtout, on constate un vrai souci dans la construction des personnages dont on a du mal à comprendre les réactions passionnées. Ainsi Mike (Sam Worthington) cède à la colère à la moindre injustice alors même qu’il refuse d’enquêter hors de son comté pour ne pas être débordé. Mais les contradictions sont aussi fortes chez Brian (Jeffrey Dean Morgan) dont on ne comprend pas la sur-implication face aux drames. Le problème est que les personnages n’ont pas d’histoire, pas de passé, donc leurs attitudes ne veulent rien dire. Par exemple, on ne sait pas ce qui a séparé Mike et Pam (Jessica Chastain). Hormis le fait qu’elle soit inspecteur, on ne connaît absolument rien de sa vie. De même, impossible de savoir depuis quand Brian vit au Texas. Du coup, on ne cerne pas son degré d’engagement affectif vis-à-vis de la jeune Ann. Peut-être y a t-il aussi un problème de casting. En effet, Sam Worthington semble avoir du mal avec les rôles plus nuancés que ceux d’Avatar ou Terminator. Dans des films plus profonds, il a tendance à faire dans l’émotion coup de poing (L’affaire Rachel Singer). Et puis Jessica Chastain, qu’on a beaucoup vue en femme éprouvée cette année ( TheTree of life , Take ShelterL’affaire Rachel Singer ), est finalement un personnage peu utilisée ici. Sans oublier Chloë Grace Moretz qui surjoue le drame comme elle a surjoué l’émerveillement dans Hugo Cabret. On est aussi assez peiné de voir Sheryl Lee (la Laura Palmer de Twin Peaks) ramper telle une vieille chose décrépite, comme elle l’avait déjà fait dans Winter’s bone. Enfin, il y a cette intrigue mal ficelée où les méchants ont des têtes de méchants, les suspects ont un comportement suspect, au point qu’on devine bien trop tôt qui est le tueur. Alors, incrédule, on attend de voir comment le révélation finale sera amenée et s’il y aura un épilogue. Jamais un thriller n’aura autant traîné en longueur. Peut-être pour se mettre au diapason d’une image beauf et clichée du Texas.

Titre : Texas Killing Fields / Pays : USA/Durée : 1h44/ Distribué par Metrpolitan FilmExport/Sortie le 28 Décembre 2011

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