LES NOUVEAUX CHIENS DE GARDE de Gilles Balbastre et Yannick Kergoat (2012)

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Quel avenir pour l’information et la démocratie quand les médias s’acoquinent avec le pouvoir ? C’est en substance la question posée par Gilles Balbastre, journaliste de télévision et documentariste, et Yannick Kergoat, monteur incontournable du cinéma, tous deux membres de l’association Acrimed (l’observatoire des médias). Déjà en 1997, dans son livre Les nouveaux chiens de garde, Serge Halimi, directeur du Monde diplomatique, pointait du doigt la connivence qui pouvait exister entre journalistes, hommes politiques et chefs d’entreprise. Inspiré par le pamphlet de Paul Nizan (Les chiens de garde édité en 1932) qui dénonçait à l’époque les intellectuels gardiens de l’ordre bourgeois, l’ouvrage de Serge Halimi avait fortement marqué les esprits. Aujourd’hui, alors que des grands groupes d’affaires, eux-mêmes proches du pouvoir, ont fait main basse sur les principaux médias et que les titres de presse sont désormais pensés en terme de marque, difficile pour ceux-ci d’informer le grand public en toute indépendance. Prolongeant l’analyse de Serge Halimi, le documentaire de Gilles Balbastre et Yannick Kergoat revient sur cette financiarisation des médias qui met tous les jours un peu plus en danger le journalisme. 

UNE FINE ANALYSE DE LA FINANCIARISATION DES MÉDIAS

Retour à l’ORTF. En 1963, Alain Peyrefitte, alors ministre de l’information, s’invite à la télévision pour annoncer la refonte des JT : plus d’images, plus d’interventions d’experts et toujours la même sacro-sainte objectivité. Voir un homme politique dicter la ligne éditoriale d’une chaîne semble aujourd’hui totalement surréaliste. Et pourtant, le lien étroit entre médias et pouvoir n’a jamais été aussi évident. Entre les couples politico-journalistiques affichés en une des magazines, les patrons reçus en grandes pompes sur les plateaux TV (Arnaud Lagardère invité par ses employés d’Europe 1, Drucker et Elkabbach, dans Vivement Dimanche), Nicolas Sarkozy passant ses vacances sur le yacht de Bolloré, difficile d’imaginer un réel clivage. Mais très vite, Gilles Balbastre et Yannick Kergoat étendent le sujet au rapport économique des médias. Ayant fait main basse sur les groupes de presse,  les grands patrons ont, de fait, changé la donne en matière d’information. Comment TF1 peut-il traiter d’un incident industriel chez Bouygues ? Comment des journalistes qui, en privé, animent des congrès pour des grandes marques, peuvent ensuite interroger en toute impartialité leurs représentants ? Pourquoi des experts économiques sont-ils présentés sous l’étiquette d’universitaires et pas celle de conseillers spéciaux des banques ? Le documentaire montre comment ces incohérences mettent en danger le pluralisme et la neutralité des médias. Loin de chercher le scoop, les Nouveaux chiens de garde nous offre une étude sociologique des sphères politiques, médiatiques et financières, de ces spécimens qui ne vivent qu’entre eux, fonctionnent de la même manière, pensent la même chose et finalement véhiculent à l’endroit du public les mêmes idées. Se profile alors la perspective d’une pensée économique et sociale unique, soutenue par des journalistes vedettes garants d’un ordre établi. Décryptée par des spécialistes indépendants, étayée par un montage judicieux, cette étude cinglante raconte quelque chose de profondément insupportable. On pense à Pierres Carles et ses documentaires incisifs qui dénonçaient déjà cette consanguinité des élites. Mais là où parfois celui-ci se contentait d’un cynisme passif, Les nouveaux chiens de garde oblige à une distance critique vis-à-vis de l’information reçue et donne souvent envie d’éteindre définitivement sa télévision.

A lire : Les nouveaux chiens de garde de Serge Halimi (éd. Raisons d’agir)

Et aussi : Sur la télévison de Pierre Bourdieu (éd. Raisons d’agir)

Le site de l’Acrimed : http://www.acrimed.org/

Titre : Les nouveaux chiens de garde/ Pays : France/Durée : 1h44/ Distribué par Epicentre Films/Sortie le 11 Janvier 2012

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