ELLES de Malgoska Szumowska (2012)

Anne, journaliste au magazine ELLE, prépare un sujet sur des étudiantes prostituées occasionnelles. Les récits crus de Charlotte et Alicja vont d’abord choquer sa morale bourgeoise,  puis, peu à peu, la fasciner…

UN PORTRAIT PATHÉTIQUE DE LA PROSTITUTION ÉTUDIANTE

C’est un télescopage malheureux qu’offre le film de Malgoska Szumowska. En effet, juste après la navrante affaire ELLE et l’article sur la « blackgeoisie » (lire la tribune du Monde ici), un long-métrage met en scène une journaliste du magazine découvrant naïvement la réalité des étudiantes en mal d’argent. Sans le vouloir, la réalisatrice polonaise confirme l’incapacité d’une certaine presse féminine à cerner la société d’aujourd’hui. Preuve en est l’image véhiculée par Juliette Binoche qui joue le rôle d’une rédactrice et mère de famille bobo. Anne vit avec son mari et ses fils dans un appartement parisien de 300 m², fait du pilates dans son salon, écoute de la musique classique et range ses courses bio dans un frigo deux portes. Bien sûr, elle ne boit pas et tente d’arrêter de fumer. Ce qui est drôle, ce ne sont pas les clichés éculés du genre mais plutôt le dévergondage en règle orchestré par deux petites polissonnes étudiantes. Plutôt contentes de faire ce qu’elles font pour un max d’oseille, Charlotte (Anaïs Demoustier) et Alicja (Joanna Kulig) lui racontent, avec le souci du détail écoeurant, comment elles satisfont les fantasmes masculins. Accompagnés de scènes plus ou moins explicites, ces récits trash font leur petit effet sur la journaliste à la vie sexuelle plan-plan. C’est alors qu’elle se met à boire, à fumer et à se masturber dans sa salle de bain avant d’embrasser son gamin. Et si les aventures humiliantes des filles lui permettaient de pimenter son couple ? Incroyable mais vrai : le film détourne un thème grave pour en faire un remède à la monotonie du mariage. Comme les rédactrices de mode, Malgoska Szumowska ne comprend rien à son sujet, simplifie tout et finalement valide l’injustice sociale. Car les deux étudiantes ne remettent pas en cause leur situation et s’adonnent à leur tache comme si c’était l’ordre logique des choses. Malgré les intentions louables de départ, le film, qui est toujours à la limite du porno, annihile de fait toute réflexion sur la prostitution.

Titre : Elles/ Pays : France-Pologne / Durée :
1h36 / Distribué par Haut et Court/Interdit aux moins de 12 ans /Sortie le 1 Février 2012

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