CHEVAL DE GUERRE de Steven Spielberg (2012)

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A la veille de la Première Guerre mondiale, un jeune anglais nommé Albert se prend d’affection pour un cheval de race. Tant bien que mal, le garçon entraine le poulain à labourer les champs de son père. Mais alors que le conflit éclate, le patriarche alcoolique et désargenté décide de vendre le cheval à un soldat…

QUAND SPIELBERG S’AUTO-CARICATURE

On peut autant aimer que détester Spielberg. Réalisateur multiple, il sait aussi bien nous terrifier (Les dents de la mer), nous émerveiller (E.T., Jurassic Park) que nous émouvoir (La couleur pourpreL’Empire du soleil, La liste de Schindler, Il faut sauver le soldat Ryan). Par conséquent, chacun y trouve son compte dans sa filmographie. Personnellement, j’aime beaucoup le Spielberg inquiétant (Duel), aventureux (Indiana Jones, Arrête-moi si tu peux), et adepte de science-fiction (Minority report). En revanche, je ne suis pas du tout fan de sa mièvrerie latente, cette émotion obligatoire perceptible dans presque chacune de ses œuvres. Je me souviens encore de l’agaçante émotivité de Dakota Fanning dans La guerre des mondes ou de la mine larmoyante d’Haley Joel Osment dans A.I. Il était donc évident que je n’aimerai pas Cheval de guerre. Adaptation d’un succès de la littérature pour ado, War Horse a dès les premières images quelque chose de particulièrement désagréable. Outre la photographie jaunâtre du début à la fin, la musique tire-larmes accompagne les thèmes chers à Spielberg : l’enfance, la guerre et l’amitié. Pour illustrer pompeusement l’émotion, le film éternise chaque plan sur un garçon aux yeux continuellement embués. Utilisé plus ou moins avec parcimonie autrefois, le merveilleux spielbergien atteint ici son paroxysme. On s’étonne d’une telle accumulation, d’une prise d’otage de sentiments volontairement exacerbés. Sans oublier les effets visuels d’un kitch confondant : alors que la mère d’Albert confectionne un pull, la caméra fait un fondu enchaîné allant des mailles du tricot aux champs agricoles. La seule originalité est de voir les évènements à travers les yeux d’un cheval qui endosse le premier rôle. Joey, le canasson par qui nous découvrons la guerre, offre de fait un regard innocent sur les terribles scènes de combats. Mais puisque la star du film est un animal, le reste du casting ne sera qu’un élément de décor sans profondeur. Ainsi, Joey passe de main en main sans que l’on ne s’attache jamais à ses différents propriétaires. Bien sûr il y a quelques scènes époustouflantes comme celle où le cheval surplombe les tranchées. Seulement, le film est tellement empêtré dans une mélasse de bons sentiments, amplifiés par un orchestre philharmonique, qu’on a envie d’en finir. Et tout ça pour dire quoi ? La guerre c’est mal et les chevaux ont souffert ? Merci mais je préfère rouvrir un livre d’histoire plutôt qu’agoniser d’ennui pendant 2h27.

Titre VO : War Horse/ Pays : USA/ Durée : 2h27/ Distribué par Walt Disney Company/Sortie le 22 Février 2012

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