LA DAME EN NOIR de James Watkins (2012)

L’avant-première du Mardi du 7 février

Assez naïvement, je l’avoue, j’avais réservé il y a un mois une place pour l’avant-première du nouveau film de la Hammer. Spécialiste du cinéma d’horreur, la société de production britannique avait connu son âge d’or dans les années 60 avec des versions gothiques de Frankenstein et autres Dracula (Curse of Frankenstein, Brides of Dracula). Mais tout a une fin et les années 70-80 avaient un peu enterré le mythe. Du coup, j’étais curieuse de voir le  come-back de cette boîte moribonde. Au moment de ma réservation, je n’avais vu aucune affiche et je n’avais pas non plus cherché à voir le trailer. Tout ce que je savais c’était qu’il y avait dans le casting Daniel Radcliffe, le héros d’Harry Potter

Puisque rien n’indiquait quoique ce soit sur mon billet électronique, à part la date et l’heure de la séance, je m’attendais à une avant-première habituelle : sans stars, ni tapis rouge, juste le privilège de voir le film avant la sortie. Me voilà donc après une journée de boulot harassante au Gaumont Opéra Capucines. 19h30, il n’y a rien d’inhabituel à l’entrée et je fais la queue comme tout le monde en présentant mon billet. C’est alors que l’employé du cinéma, visiblement débordé, explique à l’assistance que pour la salle 1, il faut patienter de l’autre côté, à l’extérieur…  Arrivée dehors, je comprends enfin dans quel guêpier je m’étais fourrée : tapis rouge, projecteurs aveuglants, caméras partout et bien sûr un bestiaire de teenagers scandant le nom de Daniel Radcliffe !!! Découragée d’avance par une file d’attente digne d’une rock star, j’ai failli rebrousser chemin. Mais, heureusement, l’entrée fut rapide.

Dans la salle, des midinettes s’excitent sur leurs sièges depuis une demi-heure. A l’écran, des images de fans boutonneux frigorifiés (il fait -5 °C dehors) agitent posters et photos de leur idole. Les gardes du corps, sur le qui-vive, traquent le moindre sac posé négligemment dans les allées. 20h15, « Daniiiiiiiiiiiiiieeeeeeeeeeellll » arrive enfin. Cris stridents et applaudissements accompagnent sa descente de voiture. Dehors et dans la salle, les fans dégainent dans un unique mouvement leurs appareils photos (à l’intérieur, ils hotographient l’écran qui retransmet l’arrivée devant le cinéma, étrange). Daniel Radcliffe, tout guilleret, se prête au jeu du junket : Louise Ekland pour BFM TV, l’équipe d’M6 ou encore les gens d’NRJ 12 et leur micro en strass.

En costard gris et cravate jaune, mister Potter, enthousiasmé par l’accueil, fait bonne figure malgré le froid. S’en suit une longue séance de dédicace où le garçon prend le temps qu’il faut pour signer le festival de papiers glacés à son effigie. Le personnage a un côté comique façon chauffeur de salle. Il bavarde avec les fans tout en parodiant son propre statut de machine à autographes. La gentillesse de l’acteur va jusqu’à accepter de se faire prendre en photo avec chaque fan qui le demande. Après cette interminable séquence d’auto-flagellation, Radcliffe entre enfin dans la salle. Le garçon a l’art du spectacle, s’agite beaucoup, parle vite comme s’il était lui-même surexcité. L’organisatrice de l’avant-première présente sommairement le film, sans citer la Hammer car apparemment tout le monde s’en fiche. Question : « Pourquoi avez-vous fait ce film ? » Réponse : « J’aime avoir peur alors il fallait que le fasse». Très bien. « Qu’est-ce qui vous fait peur ? » Et là petit moment d’absence avant de répondre « Les cafards. Je n’aime pas les voire ramper comme ça…». Et le voilà mimant la bestiole avec sa main. Le public reste interloqué avant de ricaner. Pour finir, Daniel remercie ses fans d’être là car « C’est difficile de quitter une franchise comme Harry Potter. On ne peut pas savoir si le public va suivre ». L’organisatrice remercie l’assistance d’avoir attendu aussi longtemps dans le froid « Je sais que certains sont là depuis 6h du matin » (Quoiiiiiiiiiiiii ? Il est 20h45).  Quinze minutes chrono d’entretien avec Daniel Radcliffe et le voilà disparaissant derrière une cohorte de gardes du corps soulagés que ce soit fini. Reste l’image d’un personnage sympathique qu’on imaginerait bien dans une comédie décalée.

 

Le film

Arthur Kipps est un jeune notaire vivant seul à Londres avec son fils. Marqué par la mort de sa femme, il se laisse jour après jour consumer par le chagrin. Son cabinet l’envoie dans un petit village régler la succession d’une vielle maison. Dès son arrivée, des évènements étranges se produisent. Et une mystérieuse dame en noir rôde autour de lui…

Hommage bancal aux films d’horreur classiques ou compilation maladroite des codes du genre, le film de James Watkins peine à se situer sur l’échelle de l’épouvante. Sans doute pour ne pas terroriser les ouailles HarryPotteriennes, le réalisateur d’Eden Lake et scénariste de The descent 2 fait du roman de Susan Hill une adaptation gentiment sursautante. Pourtant, la panoplie fantomatique est bien là : portes qui grincent, bruits inquiétants, traces de pas spectrales, sombre silhouette en arrière plan et visages d’enfants morts qui regardent fixement. Malheureusement, tout ça, on l’a déjà vu ailleurs : dans Ring et son remake Le cercle, ou encore Les autres, Le sixième sens et même Paranormal Activity. Il y a certes l’ambiance gothique de la Hammer avec brume tenace du XIXème siècle et photographie ténébreuse, mais difficile d’entrer complètement dans un univers vaguement horrifique. La faute sans doute à cette épouvante artificielle due à des amplifications sonores qui obligent à avoir peur. Factice aussi, le visage de Radcliffe lissé à la palette graphique donnant un effet poupée de cire. Côté scénario, l’acteur est plutôt convaincant quand il poursuit la dame en noir comme autant de fantômes du passé. Seulement, il n’a pas la maturité d’un héros complexe. Du coup, le film délaisse ses doutes pour se concentrer uniquement sur la traque d’un esprit vengeur. Décidément, le film de James Watkins manque d’ambition et d’ampleur. Jusqu’à son final sans surprise, ce ghost-movie compassé reste définitivement fadasse.

Article écrit le 10 Février

Titre VO: The woman in black/ Pays : UK/ Durée : 1h35/Distribué par MetropolitanFilmExport/Sortie le 14 Mars 2012

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