EVA de Kike Maíllo (2012)

2041. Dans un monde robotisé, un éminent ingénieur revient dans sa ville natale après dix ans d’absence. L’université où il a fait ses classes le charge d’un projet inédit : élaborer une nouvelle espèce de robots modelée selon les caractères humains. Pour créer cet androïde, Alex doit trouver l’enfant parfait qui lui servira de modèle. Par hasard, il fait la connaissance d’Eva, une jeune fille intrépide…

UN PETIT VENT DE FRAÎCHEUR DANS L’UNIVERS DE LA SCIENCE-FICTION

Premier film d’un réalisateur espagnol venu de la publicité, Eva est avant tout un choc spatio-temporel. Dans une petite ville aux pieds de montagnes enneigées, des robots se sont intégrés au quotidien des hommes. Pourtant rien ne semble marquer l’année 2041. Hormis ces quelques automates en ferraille, on a l’impression d’avoir fait un bond dans le passé. En effet, le film garde le charme des vieilles demeures familiales et la liberté des grands espaces. Dans la maison de ses regrettés parents, l’arrivée d’Alex (Daniel Brühl, vu dans Goodbye Lenin ou encore Inglourious Basterds) dépoussière un lieu chargé de souvenirs. S’il est là pour la constitution d’un  modèle de robot libre, l’ingénieur a surtout pour but de clôturer une histoire inachevée. D’un côté, des projets qu’il ne mène jamais à terme, de l’autre, Lana, son amour de jeunesse qu’il a abandonné en prenant la fuite. Ici, le futurisme sert, en premier lieu, à pointer les erreurs du jeune homme. Kike Maíllo s’amuse continuellement du décalage entre modernité technologique et nostalgie, comme pour montrer la dualité de son personnage. Des vêtements à la musique (Space Odity de David Bowie), tout renvoie à une époque beaucoup plus libre que celle où évolue Alex. Ici, les robots ont une valeur symbolique. Calibrés pour servir et déverser une réserve de sentiments pré-établis, ils révèlent le désespoir d’une société effrayée par les passions. A l’image de Max, dont l’ingénieur augmente ou baisse le degré d’émotivité en fonction de ses humeurs, le monde de 2041 tend de manière absurde vers le contrôle affectif. Cependant, chaque évènement contrecarre cette idée. Quoi qu’ils fassent, les personnages sont guidés par leurs affects jusqu’à en être piégés. Dans ces conditions, à quoi rime le projet d’un androïde ? Sans doute est-ce la matérialisation des contradictions humaines. Récemment récompensé par le prix du public à Gerardmer, ce film singulier est une bouffée de fraîcheur dans le cinéma de science-fiction. On peut malgré tout regretter son manque d’ampleur. Car avec ce sujet, impossible de ne pas penser à A.I. qui questionnait déjà les sentiments dans un monde d’androïdes. Même si le film avait ses défauts, il y avait la réalisation exigeante de Spielberg. Ici, Kike Maíllo ne fait pas grand-chose de sa technologie et souvent l’exclut de son intrigue. Mais Eva est assez original pour qu’on se laisse porter par son univers.

Voici également un extrait : 

Titre VO : EVA / Pays : Espagne/Durée : 1h34/ Distribué par Wild Bunch Distribution / Sortie le 21 Mars 2012

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