PERFECT SENSE de David MacKenzie (2012)

Un cuisinier et une épidémiologiste tombent amoureux alors même que le monde perd peu à peu tous ses sens.

UNE REFLEXION SUR LE SENS DE LA VIE PLOMBÉE PAR SES EFFETS

Sous ses airs de film de virus, le nouveau long-métrage de David MacKenzie (Asylum, Young Adam) décharge sa petite réflexion sur la condition humaine. Comme le récent Contagion de Steven Soderbergh, Perfect Sense prend le prétexte d’une pandémie pour questionner les hommes et leur rapport au monde. A travers ses deux personnages spécialistes de l’échec sentimental, le cinéaste britannique analyse la propension des individus à gâcher leur vie. Avec la disparition du goût, puis de l’odorat, tout ce qui constituait les petits plaisirs de l’existence partent progressivement en fumée. Le film s’annonce donc comme une course contre le temps et contre la mort. Seulement, David MacKenzie a la main lourde sur la manière de raconter cette histoire. Alors que chaque perte de sens est accompagnée d’émotions exacerbées, comme la souffrance ou la haine, le réalisateur charge la barque à coups de couleurs explosives, scènes au ralenti et musique dramatique. Mondialisation oblige, les conséquences de la contamination sensorielle sont perçues depuis tous les continents. Mais qu’ils soient Africains, Asiatiques ou Américains, les malades surjouent l’Apocalypse dans un même concert lacrymal. Il y a un décalage saisissant entre ces effets clipés façon coupe du monde et la mélancolie glaçante de Susan (Eva Green) et Michael (Ewan McGregor). Lui, cuisinier créatif, allergique au bonheur, elle, scientifique distante aimant se perdre dans des relations chaotiques. La rencontre entre ces deux créatures insensibles est, sous l’impulsion des évènements extérieurs, un choc les obligeant à réaliser ce qu’ils sont en train de perdre. Dommage que ce couple reste, malgré tout, désespérément froid. D’Eva Green n’émergent que la sécheresse du phrasé et une profonde antipathie. Telle une adolescente gothique, elle disperse son spleen en carton-pâte jusqu’à l’exaspération. Face à elle, Ewan McGregor tient un rôle incohérent d’épicurien malheureux. Il y a quelque chose qui ne fonctionne absolument pas dans ce duo beaucoup trop mécanique. Perfect Sense parle de la puissance des sentiments mais cette histoire d’amour en est définitivement dépourvue. David MacKenzie suspend l’émotion chez ses personnages comme pour créer un mini-suspense sentimental. Malheureusement les violons qui monopolisent nos tympans annoncent une chute trop attendue.

Article écrit le 17 Mars 2012

Titre VO : Perfect Sense / Pays : UK/ Durée : 1h32/ Distribué par Pretty Pictures / Sortie le 28 Mars

2012

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