BYE BYE BLONDIE ET L’IVRESSE DE LA NOSTALGIE

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A une époque, j’étais totalement fan de Virginie Despentes. J’adorais ses livres : Baise-moi, Les jolies choses, Mordre au travers, Les chiennes savantes… Ce qui me plaisait c’était son écriture brute, ses phrases coups de poing qui raisonnaient longtemps après les avoir lues. J’y voyais une sorte de Bukowski au féminin, une littérature marginale, une révolte familière. Sur les plateaux télé, Virginie Despentes était fidèle à l’image grunge de ses bouquins. Les cheveux gras, l’œil torve, l’esprit revêche, ses réponses étaient sèches et agacées face à des questions trop conformistes. Un jour je l’ai croisée dans la rue, quand je sortais de la fac. C’était il y a quelques années. Sa réputation sulfureuse avait atteint des sommets depuis la sortie du film Baise-moi qu’elle avait elle-même adapté. Personne ne l’avait vu mais un an après sa sortie, on en parlait encore. Je voulais lui dire que j’aimais bien son travail mais je n’ai pas osé. Et puis, le temps est passé et j’ai arrêté de lire sa prose. J’ai commencé à travailler et à rentrer dans le moule. J’ai snobé son essai King Kong théorie, j’ai zappé Bye bye Blondie. Moins rageuse, je ne m’intéressais plus à son écriture trash. Virginie, elle, s’est faite plus rare dans une télé devenue bien pudibonde depuis dix ans.

UNE PLONGÉE AMOUREUSE DANS L’UNIVERS PUNK

Aujourd’hui, là voilà de retour au cinéma alors pourquoi ne pas tenter des retrouvailles ? Dans l’adaptation de son dernier roman, ses héroïnes ont pris de l’âge et se sont assagies. Gloria (Béatrice Dalle) vient de quitter son compagnon avec perte et fracas. Elle ne travaille pas et vit au jour le jour. Frances (Emmanuelle Béart) est une vedette de la télé qui anime une émission littéraire. Elle est comblée par sa vie parisienne et s’est mariée avec son éditeur. Les deux femmes se sont connues dans les années 80, quand elles étaient ados. Elle se sont aimées puis séparées pour prendre des routes affectives et sociales différentes. Vingt ans plus tard, Frances vient chercher Gloria à Angers pour vivre enfin pleinement leur amour. Mais la flamme entre les deux femmes est-il toujours aussi vivace ? Virginie Despentes surprend par la sensibilité de son histoire. Alternant relation fusionnelle du présent et fougue de jeunesse, le film charme pour sa tonalité punk et sa spontanéité.  Béatrice Dalle est dans son élément, explosive à souhait, désinvolte au possible, éternellement rebelle. Quand à Emmanuelle Béart, elle est, malgré le temps qui passe, toujours aussi sensuelle et envoûtante. Le duo fonctionne comme une évidence et on se laisse emporter dans leur manège amoureux. Cependant, par moment le film est excessif et maladroit, notamment quand il raconte le mal-être adolescent. Quand pointent les crises de nerfs et l’incompréhension des parents, soudain le récit ressemble à un exposé de ce que fut la révolution rock dans les maisons bourgeoises des années 80. Envoyée dans une service psychiatrique pour ses tendances dark, la jeune Gloria (Stéphanie Sokolinski) pousse à fond l’hystérie au point de ne plus être crédible. Là, il y a comme un flottement, une perte de rythme dans cette épopée libertaire. Puis, l’apparition de Frances (Clara Ponsot), fille mystérieuse, téméraire et brutale, apporte un nouveau souffle au film. Nous revoilà enivrés par le ballet de sentiments violents. Virginie Despentes joue aux montagnes russes avec son œuvre. Souvent puissant, parfois atone, Bye bye Blondie manque de ce petit truc qui en ferait un grand film. On aime la fraîcheur que dégage les deux actrices juvéniles, on apprécie moins la peinture du train de vie chic de Frances la parisienne. Mais, ce qu’on retient de ce tourbillon d’émotions, c’est sa sincérité et son insoumission.

Titre : Bye bye Blondie / Pays : France/Durée : 1h37/ Distribué par Happiness Distribution / Sortie le 21 Mars 2012

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