MY WEEK WITH MARILYN de Simon Curtis (2012)


50 ans après sa mort, le 5 août 1962, que reste t-il de Marilyn ? Immortalisée par les plus grands photographes (Elliott Herwitt, Milton Greene, Bert Stern, Richard Avedon), sérigraphiée par Andy Warhol, elle n’est devenue, pour certains, qu’une icône glamour illustrant des objets de décoration. Quand, par chance, on évoque sa carrière, c’est pour rappeler les amours à scandale et les névroses qui ont jalonné ses tournages. Et ne parlons même pas de sa mort dont le mystère alimente les fantasmes d’une poignée de biographes. Pourtant comment oublier que Marilyn fut l’une des plus grandes actrices de sa génération. Avec son cocktail détonnant de charme et d’humour, elle a marqué à tout jamais l’histoire de la comédie hollywoodienne. Les génies du genre ne s’y sont pas trompés. Billy Wilder, Howard Hawks ou encore George Cukor ont su à merveille exploiter son talent comique. Irrésistible tête en l’air dans Certains l’aiment chaud, délicieusement vaporeuse dans Les hommes préfèrent les blondes, enivrante et survoltée dans Le milliardaire, elle a chaque fois sublimé les films de sa fantaisie. Le cinéma a aussi révélé sa sensibilité comme dans le très beau western d’Otto Preminger Rivière sans retour. Dans Niagara, Henry Hathaway en faisait une épouse manipulatrice et vénéneuse à souhait. Mais c’est son rôle grave et tourmenté dans Les désaxés qui mit au jour toute sa complexité d’actrice. Ecrit pour elle par son mari Arthur Miller, et magistralement mis en scène par John Houston, ce film désenchanté reflétait le chaos de sa propre vie. Bien sûr, dans sa carrière, il y eut des films moins aboutis qui usaient jusqu’à la corde son image de ravissante idiote. Ce fut l’une de ses tragédies : que le monde la confonde sans cesse avec ses personnages. En privé, Marilyn était trouble, constamment en mal d’amour et sujette à l’autodestruction. C’était aussi une femme curieuse et très cultivée, qui emmagasinait un nombre incalculable de livres et suivait des cours à l’université après les tournages. Récemment ses poèmes et ses textes ont été rassemblés dans un bel ouvrage : Fragments, aux éditions du Seuil. L’occasion de découvrir une Marilyn intime à des années lumières de la pin-up blonde sur papier glacé. En mai, sortira, chez le même éditeur, Girl Waiting, un recueil de dessins et esquisses exécutés par l’actrice, dévoilant ainsi une autre facette de sa personnalité.

UN PORTRAIT EN CREUX DE MARILYN MONROE

En attendant, sort My week with Marilyn, un film qui, malheureusement, ne rend pas justice à la star. Basé sur le livre de Colin Clark, jeune assistant sur le tournage du Prince et la danseuse, le premier long-métrage de Simon Curtis, réalisateur venu de la télé, explore le mythe avec une extrême naïveté. Tout commence durant l’été 1956. L’actrice, en pleine noce avec le dramaturge Arthur Miller, rejoint, à Londres, Laurence Olivier qui met en scène et interprète The Prince and the showgirl. Le jeune Colin Clark rêve de travailler dans le cinéma et se retrouve propulsé, à 23 ans, troisième assistant de plateau. Mais la production du film est d’emblée un fiasco. Mal assurée, vampirisée par la Méthode de Paula et Lee Strasberg, Marilyn est incapable d’aligner deux répliques, mettant son partenaire à bout de nerfs. L’actrice ne trouve alors de réconfort que chez Colin dont la candeur admirative semble la rassurer. Peu à peu une idylle se noue…

Piégé par l’imagerie légendaire de Marilyn, Simon Curtis s’en tient à un portrait superficiel du personnage. Interprétée piteusement par une Michelle Williams neurasthénique, l’actrice reste figée dans les clichés qui ont nourri sa réputation de femme légère et ingérable. Raconté du point de vue du jeune Curtis, le récit se cantonne à une gentille bluette édulcorée à souhait. Sourire béat, les yeux affichant un émerveillement putride, Eddie Redmayne qui joue Colin insupporte par ses minauderies d’écolier. Michelle Williams est pire. Plus, elle tente le mimétisme avec Marilyn, plus elle échoue à lui ressembler. Boudinée dans des tenues qui ne lui vont pas, elle campe un pâle fantôme dénué de toute consistance. Aucune aspérité chez cette Marilyn-là, elle n’est qu’une petite chose fragile, un cœur d’artichaut aux réflexions creuses. Le plus terrible est sans doute la réalisation de Simon Curtis qui, sans finesse, explique à quel moment il faut s’extasier devant sa déesse. A chaque scène, Laurence Olivier (Kenneth Branagh assez médiocre) et son entourage nous disent que Marilyn est magnifique. S’en suivent alors de longs plans fixes sur l’actrice, avec musique intense, sensés nous montrer à quel point elle irradie l’écran. Mais ô malheur, il ne se passe rien ! Pas de séduction, ni d’alchimie avec le spectateur qui ne peut que regarder le film pour ce qu’il est : un téléfilm de luxe de la BBC basé sur quelques anecdotes glanées un peu partout. De son casting, Simon Curtis ne fait rien : Judi Dench, Dominic Cooper et Emma Watson constituent un bel étalage de figurants. Si les costumes du Prince et la danseuse sont bien là, le magnétisme de Monroe et Olivier est resté au placard. Jamais Marilyn ne sera autre chose que ce portrait attendu, déjà maintes fois esquissé par la presse et bien évidement simplificateur. On ne pouvait rêver pire hommage. Aussi plat que ces produits dérivés entretenant un rêve en toc, My week with Marilyn n’a qu’un seul atout : donner envie de revoir la sympathique comédie signée Laurence Olivier.

Titre VO : My week withMarilyn/ Pays : UK/ Durée : 1h42 / Distribué par Studio Canal / Sortie le 4 Avril 2012

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