YOUNG ADULT de Jason Reitman (2012)

A 37 ans, Mavis Gary semble avoir réussi sa vie. Installée dans un grand appartement à Minneapolis, cette séduisante jeune femme est l’auteur d’une célèbre série littéraire pour ados. Cependant, derrière cet apparent succès, Mavis s’ennuie. Un jour, elle reçoit le faire-part de Buddy Slade, un ex-petit ami devenu papa. Persuadée qu’il est l’homme de sa vie, la trentenaire décide de retourner à Mercury, petite ville où elle a grandi, pour reconquérir son amour de jeunesse.

 LE DRAMATIQUE PORTRAIT D’UNE ADULESCENTE 

L’affiche acidulée et le pitch rose bonbon annonçaient une comédie romantique des plus légères. Mais à peine aura-t-on vu les noms de Jason Reitman et Diablo Cody au générique, qu’on aura deviné la mascarade. Il y a quelques années, ces deux-là avaient accouché de Juno (2007), une chronique douce amère sur la grossesse d’une lycéenne. Incarnée par Ellen Page, cette gamine à la langue bien pendue donnait des leçons d’immaturité à un trentenaire empêtré dans sa routine de couple. Avant cela, Jason Reitman avait réalisé une fable particulièrement cynique sur l’industrie du tabac, Thank you for smoking (2005). Dernièrement, on l’a vu diriger George Clooney dans In the Air (2009). Quant à la scénariste Diablo Cody, elle a récemment créé la série schizophrénique United States of Tara (avec Toni Colette). Dans Young Adult, on retrouve le même genre de personnages perturbés. Leur Mavis Gary (Charlize Theron) a de toute évidence un problème. Entre la junk food, les cuites quotidiennes et la chambre en désordre, la jeune femme est engluée dans son univers d’ado comme dans sa nuisette Hello Kitty. Pire, elle a la mentalité d’un boutonneuse de 15 ans, n’hésitant pas à briser un mariage pour revivre ses années de lycée. A l’époque, elle était populaire, le genre de filles qui éclipsent toutes les autres. Seulement, le portrait vieilli qu’en fait Reitman est terrible. Egoïste, méchante, idiote, Mavis a toutes les tares. Ce pourrait être drôle si on ne décelait pas derrière cela un profond déséquilibre mental. Car sous ses airs de bombe sexy en diable, il y a une enfant qui n’a jamais grandi. En tailleur ou robe de soirée, Mavis reste déguisée en adulte. De retour au pays, elle affiche son arrogante réussite devant ceux qu’elle considère comme des ploucs (alors qu’en réalité elle n’est qu’une scribouillarde anonyme). Le face-à-face avec son ex accentue un malaise déjà bien présent. Elle sur son 31, lui en jean sale et chemise parfumée au vomi. On est gêné par cette obstination à ne pas voir la réalité. Pourtant, Mavis n’est pas seule à vivre dans cette nostalgie-crasse. Mercury est peuplée de gens qui ont végété dans leurs souvenirs. Il y a notamment Matt, l’ancien souffre douleur, devenu compagnon de beuverie. Handicapé et impuissant, il n’a jamais quitté sa chambre d’ado pleine de super-héros. Son état illustre l’immobilisme dans lequel se complaisent les adulescents. De manière assez mordante, Reitman et Cody tacle ces trentenaires qui ne veulent pas grandir. Cependant, ils questionnent aussi la réussite sociale et la pression du groupe. Male dans sa peau, Mavis cherche avant tout à retrouver l’estime d’elle-même. Charlize Theron, qui nous avait déjà bluffés dans Monster, est surprenante dans ce rôle naïf et  pathétique. La distance de son regard et la gravité de son visage rappellent à tout instant que nous sommes loin d’une comédie. 

Titre VO : Young Adult/ Pays : USA/ Durée : 1h33 / Distribué par Paramount Pictures/ Sortie le 28 Mars 2012

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