DANS LA CHALEUR DE LA NUIT de Norman Jewison (1967)

A Sparta, petite ville du Sud des Etats-Unis, un crime a été commis. La police locale se met en quête d’un éventuel suspect. Il y a justement un homme noir qui attend son train à la gare…

 LE THRILLER RACIAL AUX 5 OSCARS

« They call me Mister Tibbs ! ». Cette phrase rageusement prononcée par Sidney Poitier raisonne encore à nos oreilles comme le constat d’une difficile reconnaissance identitaire. Le film a beau succéder de trois ans la loi sur les droits civiques, tout reste à faire en matière de tolérance dans l’Amérique profonde des années 60. Dans une bourgade où flotte une nostalgie nauséabonde pour la ségrégation, Virgil Tibbs, flic venu de Philadelphie et expert en homicides, a du mal à se faire appeler autrement que « negro». Ici, la haine est double : la population locale méprise autant l’homme noir distingué et gradé que le citadin aux méthodes de travail trop modernes. Norman Jewison plonge son personnage dans une atmosphère suffocante. Sparta est une ville étrange dont la chaleur exacerbe toutes les déviances. Un serveur dérangé, un flic voyeur, une fille exhibitionniste ou des jeunes adeptes du lynchage sont autant de spécimens à éduquer. Face à la haine, Virgil Tibbs oppose une troublante sérénité, renvoyant les brutes à leur médiocrité. Pourtant, même s’il dénonce avec brio le racisme ordinaire, le film ne manque pas de pointer les travers de chaque communauté. Ainsi, Tibbs, aveuglé par son arrogante revanche sociale, voit ses propres préjugés parasiter son enquête. Jewison manie intelligemment le rythme de son film, faisant lentement monter la tension à mesure que la température grimpe. Il atteint alors un point de non retour, un stade où Tibbs et son co-équipier local Bill Gillepsie (Rod Steiger) devront dépasser leurs a priori pour accomplir leur mission. Tant qu’ils n’auront pas dépassé ce cap, ils resteront continuellement prisonniers des cadrages oppressants du réalisateur. C’est un superbe rôle pour Sidney Poitier qui, durant toute sa carrière, s’est évertué à lutter contre le racisme à travers ses films (La porte s’ouvre de Mankiewicz, L’homme qui tua la peur de Martin Ritt, La chaîne et Devine qui vient dîner ? de Stanley Kramer). Adapté d’un roman de John Ball, Dans la chaleur de la nuit n’a pas laissé Hollywood indifférent : il a remporté 5 Oscars : meilleur film, scénario, montage, son et meilleur acteur pour Rod Steiger, malheureusement rien pour Sidney Poitier. Mais l’acteur avait déjà obtenu la statuette en 1963 pour Le Lys des champs de Ralph Nelson. Deux autres polars suivront le film de Jewison, centré sur le détective Tibbs : Appelez-moi Monsieur Tibbs de Gordon Douglas (1970) et L’Organisation de Don Medford (1971).

Le film est à découvrir ou à redécouvrir en salles dans une version numérique restaurée. 

Titre :  In the heat of the night/ Pays : USA/ Durée : 1h49/ Distribué par Solaris Distribution/ Reprise le 9 Mai 2012

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