MOONRISE KINGDOM de Wes Anderson (2012) Note : 7/10

Eté 1965. Les habitants d’une petite île de la Nouvelle Angleterre sont en émoi : Sam et Suzy, deux enfants de 12 ans, viennent de fuguer afin de vivre leur amour. Pendant que les adultes se lancent à leur recherche, une tempête approche…

UNE JOLIE PARTITION ENFANTINE 

Il y a toujours eu quelque chose de géométrique dans le cinéma de Wes Anderson. Un cadre de départ propret et balisé que le cinéaste s’est évertué à briser par son grain de folie et sa dérision. C’est la famille qui fut, presque à chaque fois, le lieu d’expérimentation de son désordre affectif. Brillante mais irréconciliable dans La famille Tenenbaum, harmonieusement désaccordée dans la fratrie de A bord du Darjeeling Limited ou drôlement casse-coup chez les petits renards de Fantastic Mr. Fox. Moonrise Kingdom n’échappe pas à ce schéma relationnel. Mieux encore, Anderson assume pleinement ce dysfonctionnement nécessaire à son cinéma. Car de cette fragmentation des rapports familiaux, émerge une enfance à la fois confortable et troublée. Ainsi, verra t-on continuellement les deux jeunes héros s’échapper du cadre idyllique de son film. Dans cette Amérique des années 60 où le placement de chaque objet est guidé par l’image du foyer idéal, Suzy et Sam se cherchent un îlot de bonheur foutraque. Vus par les adultes comme des enfants à problèmes, ils ont surtout le tort de trop s’interroger sur le monde, de l’observer à la loupe et de ne jamais y trouver leur place. Alors que Sam déserte le scoutisme et ses règles épuisantes, Suzy quitte une cellule familiale oppressante. Cette quête de liberté précoce étonne à peine. Avec ces deux là, on s’imagine vite retomber en enfance et créer son propre univers ludique. Il faut dire que Wes Anderson est un grand gamin aimant jouer avec sa mise en scène. Il filme avec humour et tendresse la naissance d’un premier amour, lui opposant l’épuisement d’un vieux couple. Parfois, le réalisateur se permet des plans Kubrickiens quand il fixe les visages de ces gosses aux émotions contenues. A l’inverse, il déplace ses personnages adultes dans une platitude de mouvement, une mécanique routinière. Inadaptés comme l’était l’équipage de la Vie aquatique, Suzy et Sam vivent dans leur bulle à l’abri du conformisme social. Il est plaisant de voir comment Wes Anderson orchestre sa partition. Ses décors géométriques ne sont là que pour mieux amplifier la fantaisie qui habite les personnages. Bruce Willis, Bill Murray, Frances McDormand, Edward Norton, Harvey Keitel, Tilda Swinton, Jason Schwartzman… Chaque acteur y est formidable. Et la fausse candeur des jeunes héros, Kara Hayward et Jared Gilman, accompagne parfaitement les premiers pas cannois de Wes Anderson. Un joli film aussi visuel que sonore qui doit se découvrir jusqu’à la toute fin du générique.

Titre :  Moonrise Kingdom/ Pays : USA/ Durée : 1h34/ Distribué par Studio Canal/ Sortie le 16 Mai 2012

Publicités