DE ROUILLE ET D’OS de Jacques Audiard (2012) Note : 7/10

Plus mélodramatique et moins abouti que ses précédents films, le dernier long-métrage de Jacques Audiard laisse un léger goût de déception. Peut-être en attendait-on trop tant le cinéaste a aligné, depuis le début de sa carrière, les chefs d’œuvres. Il suffit juste de se souvenir de Regarde les hommes tomber, son premier polar virtuose et vénéneux où Mathieu Kassovitz, Jean Yanne et Jean-Louis Trintignant s’adonnaient à une délicieuse danse macabre. La facilité d’Audiard à piéger ses personnages dans une spirale infernale a guidé son cinéma vers une subtile réflexion sur l’humanité. Cultivant à loisirs la part d’ombre de ses héros (Un héros très discret, Sur mes lèvres), le cinéaste a redonné ses lettres de noblesse au film noir à la française, genre porté dans les années 60/70 par Jean-Pierre Melville, Henri Verneuil ou encore Alain Corneau. Pourtant, il s’est largement démarqué de ses aînés, notamment de son père Michel Audiard, en imposant une mise en scène dépouillée et un style frontal. Ses deux dernières pépites, De battre mon cœur s’est arrêté (remake de Mélodie pour un tueur de James Toback) et Un prophète, témoignent bien de sa maîtrise visuelle et scénaristique. Après cela, n’est-il pas difficile (impossible) de faire mieux ?

UN DRAME EMPHATIQUE SAUVÉ PAR SES ACTEURS

Tous les ingrédients étaient réunis pour faire de De rouille et d’os une nouvelle merveille signée Audiard : une actrice française oscarisée (Marion Cotillard), un casting indé ayant le vent en poupe – Matthias Schoenaerts (Bullhead), Céline Sallette (L’Apollonide, Un été brûlant) Corinne Masiero (Louise Wimmer), Bouli Lanners (Louise-Michel, Mammouth, réalisateur de Les Géants) – et un thème dramatique au service de personnages complexes. On aime déjà le film avant même de l’avoir vu, lui prédisant un prix à Cannes. Mais cette rencontre entre une dresseuse d’orques amputée et un père de famille sans le sou, adapté d’un recueil de Craig Davidson (Rush and Bone), n’est pas si aisée à traiter. Les débuts sont âpres et intrigants, les personnages solaires. On se laisse vite charmé par cette brute épaisse qu’est Matthias Schoenaerts quand il revêt les gants de boxe face à la vie. Marion Cotillard surprend lorsque son personnage tombe de son piédestal d’ancienne allumeuse de night club. On les voit se tourner autour, se soutenir, se faire du mal. Pourtant, malgré ce jeu de « je t’aime, moi non plus », le film n’évite pas la sensiblerie. Audiard se perd un peu, survole son sujet, aborde mille choses à la fois. Outre l’histoire d’un couple improbable, il y a le rapport difficile entre un garçonnet et son père, la chronique sociale de caissières chapardeuses et le buisness de combats clandestins. Mis bout à bout ces éléments devraient enrichir le propos mais l’intrigue stagne, l’enjeu devient flou. Pourtant certains moments du film sont lumineux, notamment quand chacun fend timidement l’armure. Le problème est qu’Audiard joue aux montagnes russes. Dans un plan, il est tout en retenue, puis soudain il ponctue la narration de violence et de crises de larmes dans un même élan prévisible. La réalisation, elle, est presque classique. Il faut dire que cette caméra à l’épaule, capturant l’émotion au plus près, est devenue une routine au cinéma. La magie n’opère plus vraiment. Et la musique de Katy Perry donne la sensation d’une ambition marketeuse… De ce mélo un peu lourd, on retiendra surtout la prestation superbe des comédiens. Car De rouille et d’os n’est pas un mauvais film. C’est juste un bon film, calibré pour plaire, malgré son manque d’ampleur.

Titre :  De rouille et d’os/ Pays : France/ Durée : 1h55/ Distribué par UGC Distribution/ Sortie le 17 Mai 2012

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