PROMETHEUS de Ridley Scott (2012)

Après les festivités cannoises, le nouvel évènement cinéma s’appelle Prometheus. Quinze ans déjà que le chapitre Alien s’est refermé, laissant une partie de ses secrets définitivement enfouie. Ridley Scott avait démarré l’aventure en 1979 en nous plongeant dans l’univers paranoïaque et terrifiant du lieutenant Ripley. Sigourney Weaver nous a accompagnés quatre épisodes durant tandis que les réalisateurs se sont succédés pour apporter une touche très personnelle à la saga : James Cameron et son Aliens testostéroné (1986), David Fincher et son sanglant Alien3 (1992), et enfin Jean-Pierre Jeunet et son artificiel Alien, la résurrection (1997). Avec Prometheus, Ridley Scott se réapproprie l’une des plus belles œuvres de sa vie (avec Blade Runner) et ouvre une nouvelle voie au mythe d’Alien. Le film nous propulse en 2089, alors qu’un couple de scientifiques, Elisabeth Shaw et Charlie Holloway, vient de faire une découverte liée à l’histoire de l’humanité. Afin d’approfondir leurs recherches, ils embarquent sur un vaisseau, missionné par un généreux donateur, en direction d’une planète inconnue. Mais en tentant d’établir un contact avec « leurs ancêtres », Shaw et son équipe sont loin d’imaginer qu’ils mettent en péril l’avenir de la Terre.

 

Dès le début de son projet, Ridley Scott s’était défendu de préparer un prequel, préférant évoquer une nouvelle histoire autour de l’univers d’Alien. Le film doit donc se voir plutôt comme une passerelle entre une quête métaphysique et le destin dramatique que connaîtront les personnages de la quadrilogie. Sachez-le, vous n’aurez pas toutes les réponses aux questions que vous vous posiez sur les inquiétantes bestioles. Cependant, le cinéaste soulève d’autres interrogations bien plus existentielles. En reprenant le mythe de Prométhée, Ridley Scott confronte l’homme à l’univers et à son créateur à travers une aventure flamboyante. Les silhouettes titanesques et les grottes mystérieuses des premières scènes offrent un spectacle visuel aussi impressionnant que terrifiant. C’est une expédition fabuleuse qui à tout instant peut basculer dans l’horreur. Et cela ne tarde pas. À peine aura-t-on admiré les vestiges extraterrestres, que la nouvelle planète apparaîtra des plus hostiles. Bientôt la soif de connaissances de l’équipage se mue en course contre la mort. Un virus ? Une malédiction ? Une punition divine ? Le fléau qui s’abat sur les héros prométhéens est la conséquence directe de leur boulimie de savoir. Comme si l’origine du monde et la place de l’homme dans l’univers devaient rester définitivement secrètes. 

D’un point de vue esthétique, le film de Ridley Scott tient ses promesses, même si l’on peut déplorer une certaine faiblesse de la 3D. En revanche, c’est du côté des personnages et du scénario que le bas blesse. En effet, même s’il s’est évertué à nier l’idée d’un prequel, Ridley Scott ne cesse de faire référence à Alien au point d’asphyxier la caractérisation de ses héros. Ainsi, les rôles du Dr Shaw et du Capitaine Vickers, interprétés par Noomi Rapace et Charlize Theron, représentent ici deux portraits antinomiques du lieutenant Ripley. À travers elles, le cinéaste oppose deux clichés féminins : Shaw, personnage pur et naïf, ayant pour seules passions l’amour et les sciences, trouve en Vickers, femme froide et désabusée, un miroir déformant. Ridley Scott ne fait fonctionner son film que sur un mode répétitif, laissant les stéréotypes se répondre l’un à l’autre. Si David (Michael Fassbender), l’androïde aux troubles desseins renvoie à Ash le robot maléfique du premier épisode, Janek le pilote dévoué du Prometheus est le doublon de Dallas, autre protagoniste d’Alien. Reproduire la même étude de caractère n’est pas, en soi, un problème, mais en n’attribuant jamais aucune intention à ses personnages, Ridley Scott les rend inconsistants. Et que dire du Dr Holloway (Logan Marshall-Greene) ou du mécène joué par Guy Pearce ? Alors qu’ils devraient être des moteurs de l’intrigue, ils sont cantonnés à des rôles de figuration. D’un point de vue général, hormis l’ambigu Fassbender, qui joue un truculent clone de Lawrence d’Arabie, les autres restent bien trop lisses. D’ailleurs, les relations humaines du film sont à l’image de cette superficialité. Quant au scénario, très ambitieux, il multiplie les thématiques (théorie autour de la création, point de vue sur la foi ou la stérilité) sans jamais les approfondir, comme si Ridley Scott se réservait pour un prochain épisode. Malgré tout, le film marque le grand retour du cinéaste à la science-fiction alors qu’il avait délaissé le genre pour d’autres contrées cinématographiques (GladiatorAmerican GangsterRobin des bois). On l’a vu, Prometheus est loin d’être parfait. Cependant, il plaira au plus grand nombre car il offre un savant dosage de spectacle et de réflexion. Qu’on soit fan inconditionnel d’Alien ou juste friand de belles images, le film se laissera apprécier pour ce qu’il est : un bon divertissement.

Titre : Prometheus/ Pays : USA/ Durée : 2h03/ Distribué par 20th Century Fox/ Sortie le 30 Mai 2012

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