LOLA de Jacques Demy (1961)

Revoir Lola sur grand écran c’est revivre presque instantanément l’effervescence qui a animé le cinéma français des années 60. Avec sa joyeuse gravité et son mouvement perpétuel, le premier film de Jacques Demy témoigne du formidable élan impulsé par les jeunes turcs de la Nouvelle Vague. Tourné peu de temps après A bout de souffle et chapeauté par le même producteur (Georges de Beauregard qui accompagnera la plupart des films de la Nouvelle Vague), Lola recèle la même liberté que l’œuvre de Jean-Luc Godard. Et pourtant, le film ne ressemble pas tout à fait au spectacle rêvé par Jacques Demy. A l’origine, le projet s’appelait Un billet pour Johannesburg. Ce devait être une comédie musicale en couleurs et en cinémascope avec à l’affiche Jean-Louis Trintignant. Mais faute d’un budget conséquent, ce devint un drame en noir et blanc avec Marc Michel, acteur suisse que Demy retrouvera plus tard dans Les parapluies de Cherbourg. Une frustration finalement heureuse car le film n’en est que plus fascinant. C’est, en effet, la bichromie ténébreuse de Raoul Coutard, chef op incontournable de Truffaut, Godard et Schoendoerffer, qui donne cet étrange écho à la mélancolie des personnages. Dans les rues sinueuses de Nantes se croisent des cœurs brisés et des âmes désoeuvrées : Roland Cassard, un jeune homme baignant dans son ennui et son oisiveté, Lola, une danseuse de cabaret à l’apparente légèreté, Mme Desnoyers une élégante bourgeoise élevant seule sa fille Cécile ou encore un mystérieux géant qui, tout de blanc vêtu, sillonne la ville dans son immense décapotable. Tous se croisent dans un tourbillon émotionnel qui rappelle le jeu amoureux de La ronde et l’inconstance de Madame de…, deux chef-d’oeuvres de Max Ophüls auquel le film est dédié. Et au premier plan, Lola, sublime Anouk Aimée, incandescente et vaporeuse, qui emporte tout sur son passage, les joies comme les peines, avec la même insouciance. Le film séduit encore aujourd’hui par son refus de la tragédie et son incessante mobilité. Ici, on décèle les prémices de ce que sera le cinéma de Jacques Demy : une œuvre flamboyante défiant les drames de la vie par son étourdissante frivolité. Ce qui plait chez Lola c’est le mouvement, cette chorégraphie du geste qui pousse les personnages les uns vers les autres dans une ville servant de lieu de transit vers un ailleurs. Et dire qu’un jour, on a failli perdre définitivement Lola… En effet, dans les années 70, le négatif original a disparu dans l’incendie du laboratoire GTC.  Il restait bien quelques bobines en circulation mais elles étaient trop endommagées pour continuer à être exploitées. Au début des années 2000, la cinéaste Agnès Varda, compagne du réalisateur, récupère auprès du British Film Institute à Londres une copie permettant le tirage d’un internégatif. Quelques années plus tard,  les fondations Gan et Technicolor se lancent dans un long et fastidieux travail de restauration. Dans certaines salles, un court document précédent la projection du Lola, revient sur l’aventure passionnante du film dont on a enfin « réparé les images ». Et grâce à ce travail d’orfèvre, on redécouvre avec plaisir les amants du passage Pommeraye dans leur plus bel écrin.

Titre : Lola/ Pays : France/ Durée : 1h30/Distribué par Sophie Dulac Distribution/ Sortie le 25 Juillet 2012

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