KILLER JOE & WRONG, DEUX VISIONS DE L’ABSURDE

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Cette semaine, le cinéma oppose frontalement deux visions de l’absurde et par la même occasion deux manières antinomiques de faire des films. D’un côté, Wrong de Quentin Dupieux, qui poursuit, après Steak et Rubber, sa quête de non-sens cinématographique. De l’autre, Killer Joe signé par l’un des derniers grands maîtres du septième art, William Friedkin, qui a terrifié toute une génération de cinéphiles par sa jubilation à révéler les vices de l’âme humaine (L’Exorciste, French Connection, La Chasse, Police Fédérale Los Angeles, Bug). Si les deux cinéastes n’ont a priori rien en commun, on retrouve pourtant dans leurs derniers films un même dérèglement psychique : dans Wrong, le kidnapping d’un chien provoque la dépression de son maître dans un Los Angeles peuplé de personnages décérébrés. A quelques kilomètres de là, le Texas de Killer Joe met en scène une famille gravement déséquilibrée : Chris (Emile Hirsch), un jeune dealer endetté, engage avec l’aide de son père, un flic tueur à gages pour liquider sa mère et empocher une prime d’assurance. 

Chez Friedkin, les instincts les plus vils sont mis à nue dès les premières images, nous renvoyant en pleine face la crasse et la violence d’un Texas à l’atmosphère malsaine. Derrière la porte d’une vieille baraque, le sexe d’une femme (la belle-mère de Chris, jouée par Gina Gershon) jaillit à l’écran sans pudeur. C’est par cette première agression visuelle que le cinéaste nous fait entrer dans l’univers déviant d’une famille de freaks. Dans ce foyer de la discorde où alcool et névroses coulent à flot, se cache pourtant un diamant brut, pas encore façonné par la médiocrité du monde. Dottie, sœur cadette de Chris, toise de son regard vague cette parade de pantins à la solde des dollars. Protégée par l’écrin d’une chambre d’enfant, l’ado, légèrement attardée, rappelle parfois la Carrie de De Palma : même innocence apparente et même potentialité démoniaque. Mais pour l’heure, elle sera simple monnaie d’échange d’une famille qui n’hésite pas à offrir sa virginité à un tueur pour obtenir les services de celui-ci. Flic le jour, bourreau la nuit, Joe (Matthew McConaughey) représente, à travers la sincérité de ses actes, une autre forme de pureté, bien loin de la sournoiserie de ses clients. C’est, en quelque sorte, le pendant masculin de Dottie, un prince charmant à la hauteur de la cruauté du XXIème siècle. Quentin Dupieux, lui, n’offre pas une telle complexité à ses personnages. Dolph, son héros apathique, ne présente aucun trait de caractère, ni point de vue. Il n’est là que comme témoin d’évènements bizarres. Fidèle à sa logique de l’absurde, Dupieux truffe son film de situations et dialogues incohérents.  Mais derrière un réveil qui affiche 7h60, une pluie qui s’abat quotidiennement dans des bureaux, un rapport télépathique entre un chien et son maître, il n’y a rien de plus que des détails anecdotiques, de la poudre aux yeux destinée à distraire le spectateur qui, de fait, ne se focalisera pas sur l’absence de scénario. De même, la photographie ultra léchée sur laquelle s’attardent constamment les plans fixes confirme le néant qui habite l’œuvre de ce Mr Oizo, décidément peu inspiré. Certes, il y a du clinquant chez William Friedkin, de l’excès en tout genre qui emplit le film jusqu’à l’écoeurement (la scène d’humiliation avec Gina Gershon ou encore l’ultra violence qui surgit quand on ne l’attend pas). Mais cette absurdité des images et des comportements sert, dans Killer Joe, à pointer la lâcheté des hommes autant que leur brutalité. Dottie oppose à ce spectacle un visage virginal, un idéal de conte de fée qu’elle saura protéger jusqu’au bout. De son côté, Wrong joue l’absurde pour l’absurde, rejetant toute symbolique et, par conséquent, tout intérêt. Qu’ils soient guru, jardinier, vendeuse de pizza ou détective, les personnages ne sont ici que des coquilles vides illustratives. Ne subsiste alors que la vision d’un cinéma creux et anesthésiant dont l’existence se justifie uniquement par le buzz. 

NOTE : Killer Joe : 7/10  – Wrong : No comment

Titre : Killer Joe/ Pays : USA/ Durée : 1h42/Distribué par Pyramide Distribution/Sortie le 5 Septembre 2012

Titre : Wrong/ Pays : France/ Durée : 1h34/Distribué par UFO Distribution/Sortie le 5 Septembre 2012

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