SAVAGES d’Oliver Stone (2012)

J’ai déjà évoqué ici le peu d’intérêt que je portais à l’œuvre d’Oliver Stone depuis quelques années. En effet, son style épileptique et tape à l’œil a fini, au fil du temps, par m’exaspérer au plus haut point. Pourtant, je me rappelle d’une époque où le réalisateur avait marqué le cinéma par quelques fulgurances. Je pense notamment à son évocation remarquable de la guerre (Salvador, Platoon, Né un 4 Juillet) et sa capacité à confronter l’Amérique à son propre passé (JFK, Nixon). Rappelons également des films comme Wall Street (1987) ou Tueurs nés (1994) qui pointaient de manière virulente les maux d’une société rongée par ses excès (la spéculation financière à outrance et la violence). Mais depuis, de l’eau a coulé sous les ponts et Oliver Stone s’est empâté dans une mise en scène clinquante et un discours superficiel. Outre L’Enfer du dimanche (1999), film ultra testostéroné sur le football  américain, on se souvient d’une succession de longs métrages fadasses: Alexandre (2004), son péplum bling bling ; World Trade Center (2006), son hommage patriotique et lénifiant au 11 septembre ; W (2008), film faussement satirique sur la présidence de George W. Bush ; et Wall Street 2 (2010), sorte de redite romancée et niaise de son premier opus. Ce qui m’énerve chez le Oliver Stone des années 2000, c’est son absence de finesse et sa réalisation ostentatoire. Filtre jaune, split screen, séquences clipées… Toute cette logorrhée visuelle rappelle un autre excité de l’image prénommé Danny Boyle (Slumdog millionnaire, 127 heures). De ce spectacle étouffant, on ne retient jamais le propos tant il est vampirisé par l’action overdosée. Et pourtant, chaque fois je replonge comme si j’espérais retrouver l’Oliver Stone percutant des débuts.

Dans Savages, le cinéaste semble s’être un peu calmé niveau multi-cadrages démonstratifs. Seule subsiste la colorimétrie jaune pipi, contexte californien oblige. Stone laisse place aux jeunes avec un trio amoureux qu’il compare au Jules et Jim de Truffaut (sic). Dans le rôle de Jeanne Moreau, donc, Blake Lively, la star de la série Gossip Girl et des tabloïds branchés.  Ophelia, alias O., est amoureuse de deux charmants garçons musclés : Chon, un soldat ayant combattu en Irak, et Ben, un biologiste gentiment écolo. Ensemble, les playboys ont révolutionné le marché local de marijuana avec une plante de qualité exceptionnelle et un taux de THC à 30%. Mais un cartel mexicain, dirigé par la vénéneuse Elena, veut faire main basse sur ce business florissant. Pour intimider Ben & Chon, elle décide de faire kidnapper O. La vengeance du duo sera terrible…

Adapté du roman de Don Winslow, Savages navigue entre le thriller sexy et la série B parodique. Une bonne dose de violence nourrie par les antécédents belliqueux de certains personnages fait du nouveau film d’Oliver Stone un diaporama d’images choc. Sauf que…  le film est d’un ennui mortel. Blake Lively a beau raconter d’une voix suave ses mésaventures, on a du mal à rester attentif à son bavardage et son marivaudage finalement bien innocent. Chez Oliver Stone, on en a tellement vu et tellement montré que le scandale de Savages se transforme vite en pétard mouillé. Pour dynamiter son histoire mollement sulfureuse, le cinéaste multiplie les scènes moches. Ainsi, voit-on un moment de torture particulièrement atroce où un œil valse sous le regard de Chon devenu, du fait de son expérience militaire, complètement insensible à la violence. Ce qui sauve le film, c’est sa constante dérision. Alors que Ben & Chon (on dirait une marque de friandise) agissent avec un premier degré déconcertant, les personnages secondaires, eux, s’éclatent dans des rôles décalés. Salma Hayek joue une trafiquante hystérique et castratrice, empruntant aux codes de la telenovela, tandis que Benicio Del Toro se prend pour un méchant hyper méchant, mais totalement stupide. Sans oublier John Travolta hilarant en andouille du FBI.

Même si le film fait sourire, on se demande vraiment ce que Oliver Stone essaie de nous raconter. Certes, il exploite la cruauté de la guerre et la met au service de la violence urbaine. Mais ce parallèle est bien trop léger pour signifier quoi que ce soit. Durant l’avant-première de son film, le 13 septembre dernier, Oliver Stone avait rejeté toute référence à la guerre en Irak ou en Afghanistan, préférant évoquer la drogue comme une nouvelle forme de guerre des nerfs. Mais quand on regarde Savages, on ne voit rien d’autre qu’un divertissement racoleur et paresseux. A voir plutôt en DVD.

Titre : Savages/ Pays : USA/ Durée : 2h10/ Distribué par Pathé Distribution/Interdit aux moins de 12 ans/ Sortie le 26 Septembre 2012

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