CAPTIVE de Brillante Mendoza (2012)

En 2001, sur l’île de Palawan aux Philippines, des touristes et des travailleurs humanitaires sont pris en otages par Abu Sayyaf, un groupe islamiste proche d’Al-Qaïda. Certains seront libérés immédiatement après le paiement d’une rançon, tandis que d’autres devront passer quelques mois pénibles avec leurs bourreaux. Brillante Mendoza s’empare de cette aventure éprouvante pour construire une fiction au réalisme documentaire et à l’énergie folle. Ici, pas de préambule, ni de scènes d’exposition. L’assaut des terroristes commence quelques minutes après l’ouverture du film, assurant une plongée brutale dans l’horreur. C’est un peu hébétés, assommés par la violence qui surgit de toute part, que nous faisons connaissance avec nos compagnons d’infortune. Parmi eux, des américains, des philippins, une française (Isabelle Huppert) et une famille chinoise, qui n’ont que pour seul point commun la peur de ne jamais quitter cet enfer. Comme toujours, rien n’est simple dans le cinéma de Mendoza, ni le choix que font les personnages, ni les histoires qu’il veut raconter. Ainsi, cherche t-il constamment à échapper à la structure balisée des films d’otages. D’abord en faisant reposer son récit sur un perpétuel mouvement (les lieux de séquestration changent sans arrêt) mais surtout, en mettant en scène la propre peur des geôliers embourbés dans leur amateurisme et la confusion de leurs revendications.

Les mois passent, les barrières culturelles se brisent. Dans cette étrange communauté que forment peu à peu les preneurs d’otages et leurs victimes, un troublant rapport d’empathie s’installe. Parfois les différences culturelles se confrontent, souvent elles communient dans un respect mutuel. La jungle devient alors une sorte de rempart contre l’extérieur, avec certes ses moments terribles, mais aussi ses instants de grâce. D’ailleurs, les attaques régulières de l’armée contre le groupe, qui ne distinguent ni les uns ni les autres, laissent chaque fois penser que l’ennemi a changé de camp. Mendoza réussit l’impossible : faire émerger une infime part d’humanité même chez le pire des monstres. On ne ressort pas indemne de cette expérience visuelle et sensorielle tant elle réussit  à brouiller nos repères. Tout comme Serbis et Kinatay, Captive est un film choc et déroutant. Mais on y retrouve aussi l’émotion forte qui envahissait le superbe Lola. Brillante Mendoza est un grand cinéaste. Un de ceux qui vous bouscule et change votre regard sur le monde.

Titre : Captive/ Pays : Philippines/ Durée : 2h02/ Distribué par Equation/ Interdit aux moins de 12 ans/Sortie le 19 Septembre 2012

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