LE SOMMEIL D’OR de Davy Chou (2012)

Il faut aller voir Le Sommeil d’or. D’abord par ce qu’il est mal distribué comme le sont souvent les documentaires (4 copies en France dont 2 à Paris lors de sa première semaine de sortie), mais surtout parce qu’il raconte l’une de ces trajectoires terribles que peut prendre le cinéma. Nous sommes en 1960. L’industrie cinématographique cambodgienne n’en est qu’à ses balbutiements et pourtant l’engouement du public est immédiat. Nombreux sont ceux qui se lancent dans l’aventure en produisant à la tonne des films d’action et des histoires à l’eau de rose. 400 titres voient ainsi le jour en quelques années. Mais l’âge d’or sera de courte durée… En 1975, les Khmers Rouges prennent le pouvoir et mettent un terme définitif au septième art cambodgien. Partant à la rencontre des acteurs, réalisateurs et producteurs qui ont survécu au cauchemar de Pol Pot, Davy Chou, qui signe ici son premier long, tente l’impossible : raconter un cinéma désormais dépourvu d’images.

Ne reste alors que les mots pour témoigner d’une gloire éphémère et d’un douloureux passé. A la fois émouvants et terrifiants, ces souvenirs d’hommes et de femmes qui, pour certains, ont tout perdu, semblent presque irréels tant ils sont étouffés par l’émotion. En écoutant ces récits, on ne peut s’empêcher de confronter l’Histoire à la mémoire et d’observer la manière dont l’une est idéalisée par l’autre. Comment savoir si un réalisateur a été réellement le plus grand de son pays quand il n’y a plus aucune image pour le prouver ? Dépossédés de leur passé, ces artistes cambodgiens sont définitivement brisés. Pourtant, le film de Davy Chou est aussi truffé de moments lumineux, comme ceux où sa caméra se balade sur les ruines des vieilles salles de projection. Là, sur des murs de briques rouge sang, de rares images ravivent la flamme d’un cinéma devenu à jamais insaisissable.

 

Titre : Golden Slumbers/ Pays : France- Cambodge/ Durée : 1h40/ Distribué par Bodega Films/ Sortie le 19 Septembre 2012

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