« PAPERBOY » : L’ENFER DE LEE DANIELS

Il avait lourdement chargé la barque de son personnage (inceste, obésité, sida) et pourtant, malgré son haut potentiel lacrymal, Precious avait ses adeptes (dont moi) grâce à la performance toute en retenue de Gabourey Sidibe. Mais cette fois, je ne suivrai pas Lee Daniels dans son délire. Il faut dire que dans le genre indigeste, le cinéaste a mis la barre très haut. Rien à redire sur l’intrigue, au contraire, s’annonçait plutôt alléchante : A Lately, une petite bourgade de Floride, vers la fin des années 60, Charlotte, une femme chaude comme la braise fait appel à deux reporters de Miami afin d’enquêter sur le crime qu’aurait commis Hillary Van Wetter, un prisonnier avec lequel elle entretient une correspondance. Le casting atypique (Nicole Kidman, Macy Gray, Matthew McConaughey, Zac Efron et John Cusac), le contexte social (le racisme de l’Amérique profonde) et l’odeur de souffre autour du rôle de Kidman laissaient présager un polar sulfureux à souhait. Mais c’était sans compter sur la bêtise de Lee Daniels qui, au lieu de se concentrer sur son sujet, a préféré tout miser sur l’ambiance… En effet, le cinéaste visiblement mal inspiré, n’y va pas de main morte pour projeter le spectateur dans la nostalgie crasse des sixties : photographie cirée au filtre jaune, grain de l’image exagéré, split-screen pop, zoom et dé-zoom brutal…. Effectivement, on se croirait dans une pub Coca Cola vintage. Mais comme dans une vieille réclame, tout sonne faux : aussi bien le bronzage orange des acteurs, maculés de fond de teint, que la moiteur simulée du bayou. 1969 a connu parait-il un été caniculaire et pourtant ce film est désespérément froid. C’est Nicole Kidman qui est censée faire monter la température à coup de scène hot (poses lascives, fellation à distance, urine faciale, levrette sur machine à laver) mais rien n’y fait, tout est ridicule. Le plus gros défaut du film est que les personnages n’ont pas d’histoire, leur passé n’est pas exploité, ils n’ont donc aucune profondeur. Enfermés dans leurs stéréotypes comme des poupées de cire, Charlotte, Jack, Hillary et les autres empêchent l’histoire de susciter la moindre émotion. Chez Lee Daniels, on sentait l’envie de refaire Dans la chaleur de la nuit, polar racial d’une tension extrême où brillait Sidney Poitier. Cependant, en adaptant le roman de Pete Dexter, le réalisateur américain n’est capable d’offrir qu’un film soporifique au montage raté.


 

Titre : The Paperboy/ Pays : USA/ Durée : 1h48/ Distribué par MetropolitanFilm/Interdit aux moins de 12 ans/ Sortie le 17 Octobre 2012

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